DroneShield a beau empiler les contrats, la Bourse australienne ne lui en sait guère gré. Le spécialiste de la lutte anti-drones a beau afficher un carnet d’affaires 2026 dans le haut de sa propre fourchette, les investisseurs continuent de scruter un autre chiffre : celui des dépenses qui grimpent plus vite que les revenus. Une équation que la direction n’a pas encore résolue à leurs yeux.
Le titre cotait 0,9356 euro lors de la séance du jour, en repli de 0,3 %. Un niveau qui le laisse sous sa moyenne mobile à 50 jours, établie à 1,07 euro, et très loin des sommets de début d’année : depuis le 1er janvier, la chute atteint 48 %, pour une capitalisation de 929,01 millions d’euros.
Un carnet solide à court terme, une visibilité qui s’effiloche ensuite
Le 12 octobre, la société a communiqué son volume d’affaires contractuellement sécurisé pour l’exercice 2026 : 261 millions de dollars australiens. Ce montant tombe pile au milieu de la fourchette annoncée par le groupe, entre 250 et 270 millions A$. La photographie est flatteuse. Elle ne dit rien, en revanche, de la suite.
Car la base verrouillée fond à mesure que l’horizon s’éloigne. Pour 2027, DroneShield ne dispose pour l’heure que de 29 millions A$ d’engagements fermes. Et à partir de 2028, le total se réduit à 17 millions A$. Autrement dit, une fois les grosses commandes d’armement livrées, le pipeline reste étroit — un point que les marchés ont parfaitement identifié.
Jefferies passe à l’offensive
Le 15 octobre, le bureau d’analyse Jefferies a frappé fort en plaçant le titre sous surveillance négative, avec une recommandation « Underperform ». Leur calcul est sans appel : hors grands contrats déjà décrochés, le rythme hebdomadaire des ventes ressort à environ 3,4 millions A$ pour l’exercice 2026, contre 3,5 millions A$ un an plus tôt. En clair, l’activité de base stagne. Et dans le même temps, la structure de coûts, elle, ne cesse de s’alourdir.
Les analystes pointent du doigt les charges opérationnelles, principal moteur de leur pessimisme. Les investisseurs, eux, attendent désormais des preuves tangibles : que les sommes englouties dans les recrutements et l’appareil industriel se traduisent enfin par du chiffre d’affaires rentable.
Le logiciel comme rampe de croissance
Sur le terrain technologique, DroneShield tente de consolider son avance. Le 1er octobre, l’entreprise a lancé « Mission Ready Services », une offre de services renouvelable chaque année, articulée autour de mises à jour logicielles régulières, de formations en e-learning et d’un support technique. L’objectif affiché : réduire la dépendance aux grosses commandes matérielles en développant une base de revenus récurrents.
Le socle existe déjà. Au 12 octobre, plus de 4 200 systèmes compatibles logiciels étaient déployés chez les clients. Et la firme a fixé au 3 novembre 2026 la sortie de sa plateforme de pilotage DroneSentry-C2. Les dernières mises à jour ont d’ailleurs amélioré sensiblement la détection : la précision de classification des caméras thermiques a progressé de 44 %, tandis que l’identification des drones à voilure fixe gagne 18 %.
Un intérêt qui dépasse les armées
La demande ne se limite plus aux forces armées étatiques. Le 14 octobre, en marge du salon Land Forces, des représentants de DroneShield ont fait état d’un intérêt croissant de partenaires privés pour les contre-mesures et l’interopérabilité des systèmes. Un signal encourageant, mais qui ne pèse pas encore lourd face aux interrogations sur la maîtrise des coûts.
Sur le plan administratif, la société a par ailleurs nommé Candice Driver au poste de co-secrétaire générale le 6 octobre, en remplacement de Carla Balanco. Paul Cenoz conserve ses fonctions de directeur juridique et de co-secrétaire général.
Reste une question que ni le carnet 2026 ni les nouveautés produits ne tranchent pour l’instant : combien de temps les investisseurs accepteront-ils de financer une croissance dont la rentabilité se fait attendre ?
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