Le 29 mai dernier, les actionnaires de DroneShield se sont réunis à Sydney dans une ambiance électrique. 48 % d’entre eux ont rejeté le rapport de rémunération – un premier « strike » au sens du droit australien. Mais au même moment, le groupe a dévoilé un chiffre qui pourrait changer la donne : 161 millions de dollars australiens de revenus fermes pour l’exercice en cours, soit 74 % du chiffre d’affaires total de l’année précédente. Le titre a clôturé à 2,04 euros vendredi, en hausse de 1,83 % sur la séance et de 9,23 % sur la semaine. Il reste toutefois 44 % en dessous de son plus haut annuel de 3,65 euros, signe d’une volatilité qui n’a pas faibli.
Au-delà du vote contestataire, la défiance s’est cristallisée autour des stock-options accordées au nouveau directeur général Angus Bean, rejetées par 43 % des voix. Si un second strike survient lors de la prochaine assemblée générale, l’intégralité du conseil d’administration pourrait être révoquée. Hamish McLennan, nommé président, n’est pas un inconnu : il a fait passer la capitalisation de REA Group de 2 à 20 milliards de dollars australiens. Sa mission immédiate est de rétablir la confiance dans la gouvernance, alors que l’enquête de l’ASIC plane toujours. Le régulateur examine si trois anciens dirigeants ont cédé des actions en novembre 2025 avant qu’une commande de 7,6 millions de dollars ne soit retirée. L’entreprise a depuis renforcé ses procédures de clearance, allongé ses périodes de black-out et créé un comité de divulgation.
Sur le plan opérationnel, la machine tourne à plein régime. Les encaissements clients ont bondi de 360 % au premier trimestre 2026, à 77,4 millions de dollars australiens, tandis que le chiffre d’affaires a grimpé de 121 % à 74,1 millions. En cumul sur l’exercice 2025, les ventes atteignaient 216,5 millions. Plus significatif encore, les revenus récurrents (SaaS, services, garanties) ont explosé de 312 % à 11,6 millions sur le trimestre et représentent désormais 13 % des revenus fermes pour 2026, contre 7 % au premier trimestre. L’objectif affiché pour 2030 est d’atteindre 1 milliard de dollars australiens de chiffre d’affaires, dont plus de 30 % de revenus récurrents. La trésorerie s’élève à 223 millions, sans aucune dette.
Le carnet de commandes fermes ressort à 154,8 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 23,5 millions de dollars de commandes pour les exercices suivants (abonnements et garanties prépayés). Surtout, la pipeline compte 312 projets pour un volume total de 2,2 milliards de dollars. Treize opportunités dépassent les 20 millions, dont un programme phare de 730 millions de dollars qui devrait être mis à jour au second semestre. La répartition géographique est nette : 50 % des opportunités proviennent du Royaume-Uni et de l’Europe, 25 % de la zone Asie-Pacifique, 12 % des États-Unis et 12 % de l’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’autres régions.
Le volet civil gagne du terrain. Le 27 mai, DroneShield a annoncé le renforcement de la sécurité aérienne dans la région de Kansas City en vue de la Coupe du monde de football 2026, en partenariat avec la police locale et Airspace Link. L’entreprise fournira la couche de détection primaire (capteurs RF, fusion de données, contre-mesures drones). Les applications non militaires représentent aujourd’hui environ 7 % de la base d’opportunités, avec un intérêt croissant en Europe et au Royaume-Uni. Le Safer Skies Act, intégré au NDAA 2026, autorise pour la première fois les forces de l’ordre locales à utiliser activement des systèmes anti-drones – de quoi ouvrir des milliers de nouveaux clients potentiels.
Les analystes restent partagés. Jefferies est à « conserver » avec des objectifs de cours entre 3,70 et 4,80 dollars australiens. Bell Potter est plus optimiste : « achat » avec une fourchette de 4,80 à 6,00 dollars. Techniquement, la moyenne court terme est en signal d’achat, la long terme en signal de vente, avec une résistance à 3,45 dollars australiens et un support à 3,08.
Les semaines à venir seront déterminantes. Le 3 juin, DroneShield publiera son premier rapport trimestriel sous la direction d’Angus Bean. Ce sera le test immédiat : la tempête de gouvernance a-t-elle entamé l’élan commercial ? En juin, le Pentagone organisera le qualificatif Gauntlet II, avec 48 entreprises en lice pour une place convoitée dans son programme de lutte anti-drones, soit bien plus que les 18 initialement prévues. Enfin, le programme OTAN de pool de fournisseurs vérifiés pour systèmes anti-drones, attendu pour mi-2026, pourrait ouvrir les portes des budgets de défense de tous les États membres. Le paradoxe DroneShield – une défiance actionnariale jamais vue, couplée à des indicateurs opérationnels étincelants – trouvera peut-être sa résolution dans ces prochains rendez-vous.
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