Le titre Nvidia traverse une zone de turbulences que même ses partenariats stratégiques ne parviennent pas à stabiliser. Alors que le géant des semi-conducteurs multiplie les alliances, le marché s’interroge sur la solidité de son modèle de financement. L’action a cédé 4,08 % en une seule séance pour clôturer à 166,16 euros, portant la dégringolade sur sept jours à 9,43 %. Depuis son sommet historique de mai, la capitalisation a fondu de près de 18 %.
Le spectre de la bulle Internet
Michael Burry, l’investisseur rendu célèbre par la crise des subprimes, a intensifié ses paris baissiers sur Nvidia via des options de vente. Son argument ? Le groupe financerait ses propres clients pour qu’ils achètent ses puces, un schéma qui rappelle les « dépenses circulaires » ayant précédé l’éclatement de la bulle Internet. Mark Cuban partage cette analyse. Les marchés du crédit prennent l’alerte au sérieux : les CDS à cinq ans de Nvidia — une assurance contre le défaut de paiement — ont bondi à 82 points de base le 27 juillet, soit un doublement en deux mois. Pour une entreprise valorisée 4 179,61 milliards d’euros, une telle hausse du risque perçu est rarissime.
Une participation qui fait débat
Au cœur de la polémique : l’investissement de 5 milliards de dollars annoncé le 27 juillet dans Safe Superintelligence Inc. (SSI), la start-up d’Ilya Sutskever, ex-chef scientifique d’OpenAI. Les critiques soulignent que SSI n’emploie qu’une cinquantaine de personnes et ne dispose d’aucun produit commercialisable. Pour eux, Nvidia s’offre un client captif pour sa future plateforme Vera Rubin.
Mais cette lecture occulte une réalité plus vaste. Microsoft a augmenté ses investissements trimestriels de 70 %, à 41 milliards de dollars, et prévoit 175 milliards pour l’ensemble de 2026. Le cœur de la demande pour Nvidia repose sur l’expansion massive des infrastructures des géants du cloud, pas sur des start-up spéculatives. La veille du deal avec SSI, Nvidia avait d’ailleurs scellé un partenariat avec le groupe sud-coréen SK pour sécuriser l’approvisionnement en puces mémoire et renforcer l’infrastructure IA.
Un écart béant entre marché et analystes
Le consensus des analystes fixe un objectif de cours moyen à 265,92 euros, soit un potentiel de hausse de 60 % par rapport au cours actuel. UBS juge la récente déroute « excessive » et met en avant le free cash-flow attendu de quelque 900 milliards de dollars d’ici 2028. L’écart avec le cours de Bourse n’a jamais été aussi prononcé.
Techniquement, le RSI à 37,8 frôle la zone de survente. L’écart avec la moyenne mobile à 200 jours s’est réduit à -0,08 %, un quasi-équilibre qui annonce une volatilité accrue. Une analyse du 29 juillet estime même que Nvidia est sous-évalué de 17 % compte tenu de son expansion sur le marché japonais de l’IA, où le groupe multiplie les investissements dans des datacenters locaux pour profiter des initiatives gouvernementales.
Le 26 août, jour de vérité
La publication des résultats du deuxième trimestre de l’exercice 2027, le 26 août, sera déterminante. Le consensus table sur un chiffre d’affaires d’environ 91,79 milliards de dollars. Si Nvidia confirme, les craintes sur le crédit pourraient apparaître comme une « wall of worry » excessive. En cas de déception, les mises en garde de Burry et Cuban gagneraient en crédibilité. Le management devra aussi rassurer sur les volumes de livraison des puces Blackwell et les premières contributions de la nouvelle gamme Vera CPU. L’an dernier, la division datacenter a généré à elle seule 193,7 milliards de dollars de revenus, un record qui illustre l’enjeu de la transition vers la plateforme Rubin.
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