Le spécialiste australien de la lutte anti-drones traverse une passe délicate. Malgré un nouveau contrat européen de 23,2 millions de dollars australiens et le dévoilement de sa technologie de détection RfAI-3, le titre s’est enfoncé dans le rouge vendredi, cédant 3,62 % à 1,05 euro sur le marché allemand. Sur sept séances, la perte cumulée atteint 17,64 %. À Sydney, la chute a même atteint 13,22 %, faisant de DroneShield la lanterne rouge de l’indice ASX 200.
Une première guidance qui passe mal
L’origine de cette déconvenue ? La première prévision annuelle officielle publiée par le groupe, mardi. Si les chiffres affichent une croissance soutenue — 250 à 270 millions de dollars australiens de revenus attendus pour 2026, soit une progression de 15 à 25 % —, ils se situent environ 21 % sous les attentes du marché. Les investisseurs ont surtout retenu l’érosion de la rentabilité : la marge brute est projetée à 60 % pour le premier semestre, contre 65 % un an plus tôt, en raison d’une composition des ventes défavorable.
Le contraste est saisissant avec la trajectoire récente. En 2025, les revenus avaient bondi de 276 % pour atteindre 216,5 millions de dollars australiens. Pour le seul premier semestre 2026, le groupe table sur 125,8 millions de dollars, soit une hausse de 74 % sur un an, dont 14,2 millions de dollars de revenus récurrents (11,3 % du total). Le carnet de commandes, lui, s’établit à 206 millions de dollars australiens après l’intégration du nouveau contrat européen, conclu via la filiale COBBS BELUX BV.
L’ombre de l’ASIC plane sur le titre
Mais la pression ne vient pas que des comptes. L’enquête de la commission australienne des valeurs mobilières (ASIC) portant sur des ventes d’initiés de 66,8 millions de dollars australiens continue d’empoisonner le climat. Oleg Vornik, ainsi que Peter James et Jethro Marks, auraient cédé pour plus de 70 millions de dollars australiens d’actions, tandis que des informations circulaient sur la rénovation du domaine de Vornik à North Bondi. Cette affaire a durablement ébranlé la confiance des actionnaires.
Le nouveau directeur général, Angus Bean, tente d’inverser la tendance en misant sur une communication plus ouverte autour de ces prévisions — une stratégie de transparence que les observateurs interprètent comme une réponse directe aux soupçons d’initiés. Reste à savoir si elle suffira à restaurer la crédibilité du groupe.
Un titre au bord de la zone de survente
La défiance se lit dans les indicateurs techniques. À 1,05 euro, l’action accuse un recul de 71,12 % par rapport à son plus haut sur 52 semaines, atteint le 6 octobre 2025 à 3,65 euros. Elle conserve néanmoins une avance de 27,10 % sur son point bas annuel. Le RSI sur 14 jours, à 23,6, signale une nette survente, tandis que la volatilité annualisée sur 30 jours atteint 72,65 %. Des niveaux qui évoquent une correction violente, mais dont l’issue reste incertaine.
Les fondamentaux, eux, continuent de progresser. DroneShield a installé ses propres capacités de production au sein de l’Union européenne et a présenté les premières unités fabriquées sur le continent lors du salon Eurosatory 2026 à Paris. Une localisation stratégique, alors que la souveraineté industrielle devient un critère politique majeur pour les grands programmes de défense européens. Le marché mondial des brouilleurs anti-drones devrait, selon les études de marché, passer de 1,77 milliard de dollars américains cette année à 5,90 milliards d’ici 2031, porté par le brouillage multi-bandes et la détection par intelligence artificielle.
Rendez-vous le 26 août
Les investisseurs devront patienter jusqu’au 26 août, date de publication des résultats semestriels accompagnés d’une conférence investisseurs. Trois questions devraient alors dominer : la composition du carnet de commandes, la visibilité sur le rythme d’exécution au second semestre et l’évolution des marges à mesure que le volume d’affaires grossit. D’ici là, le titre évolue dans une zone de survente qui, par expérience, peut basculer dans un sens comme dans l’autre.
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