Le titre de l’entreprise australienne spécialisée dans la lutte anti-drones continue d’essuyer des dégagements massifs. Après avoir clôturé vendredi à 1,05 euro, en repli de 3,62 % sur la séance, l’action accuse désormais une chute de 71,12 % par rapport à son sommet d’octobre, qui l’avait portée à 3,65 euros. Sur les trente derniers jours, la perte cumulée atteint 29,76 %.
Une prévision de chiffre d’affaires qui a douché les espoirs
Le mouvement de défiance s’est accéléré fin juillet, lorsque le spécialiste des systèmes de détection et de neutralisation de drones a dévoilé ses perspectives pour l’exercice 2026. La société table sur un chiffre d’affaires de 125,8 millions de dollars australiens au premier semestre, en hausse de 74 % sur un an, et vise entre 250 et 270 millions pour l’ensemble de l’année. Un objectif qui reste environ 21 % en deçà du consensus des analystes, lesquels espéraient 323 millions de dollars australiens.
La marge brute constitue un second motif de mécontentement. Attendue autour de 60 % au premier semestre, contre 65 % un an plus tôt, elle pâtit d’un triple effet : une évolution du mix entre systèmes propres et équipements tiers, des variations de change et des dépréciations de stocks liées au déménagement vers le nouveau site de production.
Le carnet de commandes, lui, demeure solide. Avec 206 millions de dollars australiens d’engagements fermes pour 2026, soit environ 95 % du chiffre d’affaires réalisé sur l’exercice précédent, il aurait pu soutenir la narration de croissance. Il n’a pas suffi à enrayer la chute. L’annonce, le 28 juillet, d’un contrat de 23,2 millions de dollars australiens portant sur des systèmes anti-drones montés sur véhicules destinés à un client européen, pas plus que la présentation du nouveau logiciel de détection RfAI-3 — dont la version matérielle n’arrivera qu’au second semestre — n’ont inversé la tendance.
Gouvernance et régulation : un passif qui pèse
Au-delà des chiffres, la confiance des investisseurs est ébranlée par des questions de gouvernance. Angus Bean a pris les rênes de l’entreprise le 8 avril en qualité de directeur général, tandis que Hamish McLennan a accédé à la présidence du conseil de surveillance le 1er mai. Surtout, l’enquête ouverte par le régulateur australien ASIC au sujet d’une communication financière de novembre dernier reste pendante, sans que des éléments concrets sur son avancement aient été divulgués.
Cette incertitude réglementaire nourrit une activité de vente à découvert soutenue. Avec 13,4 % de son flottant emprunté, DroneShield figure au troisième rang des valeurs les plus shortées de la place australienne, derrière Lotus Resources et Domino’s Pizza. Les opérateurs justifient leurs positions par l’enquête de l’ASIC et par une concurrence accrue sur le marché de la lutte anti-drones.
Des signaux techniques contradictoires
Le titre apparaît toutefois fortement survendu. Son indice de force relative sur 14 jours s’établit à 23,6, un niveau qui, d’ordinaire, précède une détente technique. Reste que la pression vendeuse se manifeste sur plusieurs horizons temporels, et rien ne garantit qu’un rebond mécanique suffise à inverser la dynamique.
Du côté des bureaux d’études, Bell Potter maintient sa recommandation d’achat avec un objectif de cours de 2,50 dollars australiens. Le secteur, dans son ensemble, continue d’ailleurs de bénéficier de la hausse des budgets de défense : l’équipementier EOS a progressé de 126 % en douze mois et affiche un carnet de 846 millions de dollars australiens, en hausse de 84 %. Austal, le constructeur naval, a vu son action doubler sur la même période, avant de devoir abaisser ses prévisions de résultats en raison d’une surévaluation dans ses activités américaines.
Le rendez-vous décisif
Tous les regards se tournent désormais vers le 26 août, date à laquelle DroneShield publiera ses résultats semestriels, suivis le lendemain d’une conférence téléphonique avec les investisseurs. Ce sera l’occasion de mesurer la trajectoire réelle de la croissance et l’évolution des marges. D’ici là, le titre restera tributaire de l’humeur générale du marché vis-à-vis des valeurs de défense et de technologie, ainsi que des fluctuations chez les concurrents directs. Le rapport pourrait également éclairer la part des revenus récurrents, issus des logiciels et des abonnements, qui s’élevait à 14,2 millions de dollars australiens au premier semestre, soit 11,3 % du chiffre d’affaires.
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