Jamais le contexte géopolitique n’a été aussi porteur pour la défense anti-drones. Le Pentagone prévoit d’investir 54,6 milliards de dollars dans ses programmes de drones l’an prochain, dont un projet visant à déployer plus de 200 000 engins pilotés par intelligence artificielle d’ici 2027. L’Union européenne, de son côté, a débloqué une première tranche de 3,2 milliards d’euros pour l’Ukraine et s’apprête à en verser 6 autres pour la production de drones. Cet essor colossal profite à DroneShield, spécialiste australien de la lutte anti-drones, qui vient de livrer ses premiers systèmes fabriqués en Europe et multiplie les contrats. Pourtant, en Bourse, le tableau est radicalement opposé : le titre a plongé de 61 % par rapport à son sommet d’octobre 2025 (3,65 euros) et s’échangeait jeudi à 1,41 euro, soit une chute de 28 % sur un mois et de 15 % sur la seule semaine.
L’origine de cette défiance est clairement identifiée : l’enquête ouverte par l’ASIC, le gendarme boursier australien, depuis mai 2026. La Commission suspecte des manquements aux obligations déclaratives et un possible délit d’initié autour de transactions réalisées fin 2025. En cause, la vente totale de leurs participations par l’ancien directeur général Oleg Vornik et l’ex-président Peter James. Cette ombre juridique efface tous les indicateurs fondamentaux positifs. Le marché anticipe une issue potentiellement coûteuse, ce qui se traduit par une pression vendeuse accrue : dans la 25e semaine, l’intérêt à la découvert a grimpé de près de 1 % par rapport à la semaine précédente. Avec un RSI de 23,8, le titre est techniquement en zone de survente extrême.
Pendant ce temps, la machine opérationnelle tourne à plein régime. DroneShield a décroché début juin un contrat avec le ministère américain de la Défense d’un montant pouvant atteindre 24,9 millions de dollars australiens, dont au moins 10 millions seront comptabilisés dès 2026. Le carnet de commandes total atteint 2,2 milliards de dollars australiens, répartis sur 312 projets. Quinze d’entre eux dépassent chacun 30 millions de dollars, et un méga-contrat de 730 millions est en passe d’être attribué au second semestre. L’entreprise enregistre par ailleurs son quatrième trimestre consécutif de cash-flow opérationnel positif. Pour renforcer sa présence en Europe, elle a lancé une campagne d’approvisionnement en Pologne, destinée à intégrer des fabricants locaux, et installé son nouveau siège européen à Amsterdam. L’objectif est de faire passer la capacité de production annuelle de 500 millions à 2,4 milliards de dollars d’ici fin 2026.
Parallèlement, DroneShield bénéficie d’un renforcement de son conseil de surveillance : l’amiral (à la retraite) Lee Goddard rejoindra l’instance le 1er juillet 2026. Ancien directeur de l’Australian Missile Corporation, il possède une connaissance approfondie des achats militaires qui devrait faciliter l’obtention de nouveaux marchés publics. La demande institutionnelle, notamment de la part des membres de l’OTAN, ne se dément pas. L’armée américaine a annoncé la création d’au moins deux nouveaux sites d’essais reproduisant les conditions de combat ukrainiennes, ce qui pourrait encore dynamiser les commandes.
Tous ces éléments positifs restent toutefois relégués au second plan par l’épée de Damoclès de l’enquête de l’ASIC. Le prochain rendez‑vous déterminant est la publication des résultats semestriels le 26 août. Les investisseurs attendront non seulement des chiffres d’affaires solides, mais surtout des éclaircissements sur l’avancée des investigations. Tant que l’autorité n’aura pas rendu ses conclusions, le risque réglementaire continuera de brider toute velléité de rebond du titre.
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