Le métal jaune poursuit sa dégringolade et franchit à la baisse le seuil psychologique des 4 000 dollars. L’once s’échange actuellement à 3 985,61 dollars, soit un recul de près de 29 % par rapport à son sommet des 52 semaines (5 626 dollars). Sur le seul mois, la chute atteint environ 11 %. L’euphorie des débuts d’année a cédé la place à un brutal désenchantement.
Le dollar et la Fed, moteurs du désastre
La vigueur du billet vert écrase le marché. L’indice du dollar a grimpé à son plus haut niveau depuis treize mois. Les investisseurs sanctionnent les propos restrictifs du président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, qui insiste sur la nécessité de préserver la stabilité des prix. Résultat : la probabilité d’un relèvement des taux en septembre est désormais intégrée à plus de 70 % par les marchés. Un contexte fatal pour un actif non rémunéré comme l’or, qui souffre mécaniquement de la concurrence des placements obligataires.
Les grandes banques taillent dans leurs prévisions
Le coup de rabot est général. Goldman Sachs a abaissé son objectif de fin d’année de 5 400 à 4 900 dollars. De son côté, ING ramène sa cible pour le quatrième trimestre à 4 600 dollars (contre 5 000 dollars auparavant), invitant la faiblesse de la demande des ETF et la hausse des rendements obligataires. La Deutsche Bank suit le mouvement en fixant son estimation à 4 800 dollars pour le dernier trimestre. Bank of America renonce également à son scénario d’un bond à 6 000 dollars à court terme, tout en jugeant désormais les valeurs aurifères très attractives après la purge.
Les ventes russes accentuent la pression
Moscou pèse lourd sur l’offre. Pour financer ses déficits budgétaires et l’escalade des dépenses militaires, la Banque centrale de Russie a déjà écoulé environ 22 tonnes d’or depuis le début de l’année, soit près de 700 000 onces. Ce flux massif vient s’ajouter à un dollar fort qui renchérit le métal pour les acheteurs internationaux et amplifie le mouvement de vente.
Les banques centrales, seul contrepoids
Pourtant, la demande institutionnelle résiste. Au premier trimestre, les banques centrales ont acquis 244 tonnes d’or, selon les données disponibles. Une enquête récente du World Gold Council révèle en outre que près de la moitié des institutions monétaires interrogées prévoient de renforcer leurs réserves, en particulier dans les pays émergents. Ce soutien structurel empêche pour l’instant une chute libre.
Le spectre du « death cross » plane sur les graphiques
L’analyse technique assombrit encore le tableau. Le RSI est tombé à 29,8, signalant une situation de survente extrême. La moyenne mobile à 50 jours plonge rapidement vers celle à 200 jours, ce qui annonce une croix de la mort. Si le seuil des 4 000 dollars cède durablement, les experts anticipent un nouveau palier de soutien entre 3 800 et 3 900 dollars. La zone des 3 900 dollars représente le premier rempart avant des abandons plus violents.
Les tensions géopolitiques liées à l’accord irano-américain sur le détroit d’Ormuz se sont dissipées, faisant fondre la prime de risque qui soutenait l’once. Même la démission du Premier ministre britannique Keir Starmer n’a pas réussi à ranimer l’appétit pour la valeur refuge. Tous les regards sont désormais tournés vers les chiffres de l’inflation américaine et la décision de la Fed en septembre, qui scelleront le prochain mouvement majeur du métal jaune.
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