L’once d’or vient d’encaisser une perte de près de 1,9 % en deux séances, portant son recul sur sept jours à environ 3 %. Un mouvement qui dépasse la simple correction technique : le métal jaune subit une conjonction de vents contraires rarement aussi concentrés. Entre une Fed qui durcit son discours, un dollar qui reprend des couleurs et une accalmie diplomatique au Moyen-Orient, les investisseurs désertent les valeurs refuges.
Mardi, le cours a touché 4.155,40 dollars l’once, en baisse de 1,29 % sur la journée. Depuis le 52‑semaines haut de 5.627 dollars, la dégringolade atteint désormais 26 %. Le DXY, baromètre du billet vert, a franchi le seuil de 100 points le 23 juin pour la première fois depuis mai 2025, culminant à 101,35. Un dollar fort pénalise mécaniquement les acheteurs non américains et pèse sur la demande.
La Fed verrouille les espoirs de baisse des taux
Le principal levier de la chute reste la politique monétaire américaine. L’outil CME FedWatch Tool estime à près de 70 % la probabilité d’un nouveau tour de vis en septembre. La Bank of America table même sur trois hausses d’ici la fin de l’année, ce qui porterait le taux directeur jusqu’à 4,50 %. Le dot plot de la Fed ne prévoit aucune détente avant 2027. Dans le même temps, la banque centrale a relevé sa projection d’inflation PCE à 3,6 %.
Ce revirement brutal a poussé Goldman Sachs à réduire son objectif de cours pour l’or de 500 dollars, le ramenant à 4.900 dollars l’once. Si la Fed continue de relever ses taux en 2026, la banque d’affaires voit le métal jaune glisser jusqu’à 4.400 dollars d’ici décembre. Deutsche Bank a également révisé ses prévisions à la baisse pour 2026.
La prime de risque s’évapore avec l’Iran
Parallèlement, la tension géopolitique s’atténue. Washington a accordé à l’Iran une licence de 60 jours pour vendre son pétrole sur les marchés internationaux. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz reprend, et des producteurs comme le Koweït explorent des routes d’exportation alternatives. Cette détente rapide prive l’or de sa prime de crise, qui avait soutenu les cours pendant plusieurs mois.
Les espoirs de paix dans le Golfe profitent au pétrole mais nuisent directement au métal précieux. Les signaux contradictoires sur les inspections nucléaires iraniennes entretiennent encore une incertitude résiduelle, mais celle-ci est largement éclipsée par le débat sur les taux.
Les banques centrales restent un rempart, la bijouterie flanche
Malgré ce contexte baissier, une demande structurelle continue de limiter l’ampleur des corrections. Les banques centrales ont acheté 244 tonnes nettes d’or au premier trimestre 2026, soit 3 % de plus que l’an dernier. Depuis 2022, le total annuel dépasse systématiquement 1.000 tonnes. Ces achats institutionnels amortissent les chocs.
En revanche, la demande de bijoux reste atone. Les niveaux de prix élevés observés depuis plusieurs mois ont éloigné les acheteurs particuliers, qui se montrent prudents.
Le PCE, test décisif dans les prochaines heures
Techniquement, l’or se trouve en zone de survente : le RSI oscille autour de 35-36. Le cours évolue nettement sous sa moyenne mobile à 50 jours (4.527 dollars). Ce signal n’a pourtant pas déclenché de rachat significatif, car les opérateurs attendent la publication, ce 25 juin, de l’indice PCE de mai. Si l’inflation sous‑jacente s’avère plus tenace que prévu, elle renforcera la main de la Fed et précipitera une nouvelle vague de ventes. Dans le cas contraire, un rebond technique pourrait offrir un répit, mais la tendance de fond reste pour l’instant dominée par les taux et le dollar.
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