L’action DroneShield évolue à contre-courant de ses propres performances. À 1,61 euro, le titre accuse une chute de près de 55 % par rapport à son plus haut des douze derniers mois (3,65 euros) et s’inscrit en baisse de 17 % sur les trente derniers jours. Pourtant, jamais le groupe australien de défense anti-drone n’a affiché une telle vigueur opérationnelle. Le paradoxe s’explique par une seule variable : l’enquête de l’ASIC, le gendarme boursier australien, qui paralyse le sentiment de marché.
Des indicateurs techniques au bord du rebond
Avec un RSI à 32,5 (contre 32,3 selon les dernières données), le titre évolue en zone de survente technique. Un signal de retournement potentiel, mais insuffisant pour lever le poids de l’incertitude réglementaire. Le cours reste presque 20 % sous sa moyenne mobile à 50 jours, signe que les vendeurs dominent encore.
Opérationnel : des chiffres qui donnent le vertige
Sur l’exercice 2025, DroneShield a multiplié son chiffre d’affaires par près de trois, à 216,5 millions de dollars australiens. Le premier trimestre 2026 confirme la dynamique : 74,1 millions de dollars de revenus, soit une hausse de 121 % sur un an. Les encaissements clients ont bondi de 360 % à 77,4 millions. Le cash-flow opérationnel positif s’inscrit pour le quatrième trimestre consécutif. Le groupe détient 223 millions de dollars australiens en trésorerie, sans aucune dette.
Le carnet de commandes atteint 2,2 milliards de dollars, porté par 312 projets dont 15 contrats individuels de plus de 30 millions. Un mégacontrat de 730 millions de dollars est en attente de décision pour le second semestre 2026. Le management vise une capacité de production annuelle de 2,4 milliards d’ici la fin de l’année.
L’Europe, moteur de la croissance
L’Europe représente déjà 45 % du chiffre d’affaires du groupe. Mi-juin, les premiers systèmes C-UAS fabriqués sur le Vieux Continent sont sortis des chaînes d’un sous-traitant local, réduisant la dépendance vis-à-vis de l’Australie. Ce maillage industriel s’inscrit dans le cadre des initiatives « ReArm » et « Readiness 2030 » de l’Union européenne. En mars, la société avait inauguré son siège européen.
Aux États-Unis, DroneShield a décroché début juin un contrat de 24,9 millions de dollars avec la Joint Interagency Task Force 401 du Pentagone. La tranche ferme de 19,3 millions est complétée par des options sur cinq ans pour 5,6 millions supplémentaires. Au moins 10 millions de dollars seront comptabilisés dans le chiffre d’affaires de l’exercice 2026.
Un nouveau renfort de poids est venu siéger au conseil d’administration le 1er juillet : le contre-amiral (à la retraite) Lee Goddard, fort de trente ans d’expérience dans la sécurité nationale et les achats gouvernementaux. Il siège déjà chez Austal Ltd et Southern Launch. L’objectif est de renforcer les liens avec la communauté des Five Eyes.
L’enquête de l’ASIC, frein persistant
Si la machine industrielle tourne à plein régime, l’action reste sous l’eau. L’explication tient en trois lettres : ASIC. L’enquête, ouverte en novembre 2025, porte sur des communications de la société et des transactions d’initiés entre le 6 et le 12 novembre 2025. L’ancien directeur général Oleg Vornik, le président du conseil Peter James et le directeur Jethro Marks ont alors cédé l’intégralité de leurs participations pour un montant total d’environ 66,8 millions de dollars australiens. Dans la même période, DroneShield avait retiré une annonce de contrat jugée erronée.
La société assure coopérer pleinement avec les autorités. Aucune conclusion n’a encore été rendue publique. Tant que ce nuage demeure, chaque bonne nouvelle opérationnelle n’offre qu’un répit limité au titre.
Le 26 août, une date charnière
Le 26 août prochain, DroneShield publiera ses résultats semestriels. Les investisseurs guettent autant les chiffres qu’un éventuel dénouement de l’enquête. Si l’ASIC devait lever l’épée de Damoclès, le cours pourrait bénéficier d’un rattrapage brutal. Dans le cas contraire, le fossé entre la valeur fondamentale du groupe – dont le chiffre d’affaires annualisé dépasse déjà 250 millions de dollars australiens – et sa capitalisation boursière risque de se creuser encore.
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