L’australien DroneShield passe à la vitesse supérieure sur deux fronts. D’une part, le spécialiste de la lutte anti-drones accueille au 1er juillet 2026 un nouveau membre lourd dans son conseil d’administration : le contre-amiral Lee Goddard, vétéran de plus de trente ans dans la défense et la sécurité nationale. De l’autre, l’entreprise a lancé une ligne de production en Europe, confiée à des sous-traitants locaux, pour répondre plus rapidement aux exigences des États membres de l’OTAN et de l’UE. Les deux mouvements visent un même objectif : décrocher les juteux contrats gouvernementaux qui s’annoncent.
Un réseau militaire au service des appels d’offres
Goddard siège déjà aux conseils d’Austal Limited et de Southern Launch. Il connaît les arcanes des achats de défense, un atout crucial pour DroneShield alors que le segment des systèmes anti-drones explose. Le président du conseil, Hamish McLennan, mise sur cette expertise pour fluidifier les échanges avec les autorités et s’imposer face aux géants établis. L’arrivée de l’amiral est perçue comme une clé pour pénétrer les plus hautes sphères décisionnelles militaires.
Parallèlement, la production européenne utilise les mêmes algorithmes de détection par intelligence artificielle que ceux des systèmes australiens. Rien ne change techniquement, mais la chaîne logistique devient régionale. Un argument de poids face aux agences d’achat qui exigent de plus en plus de valeur ajoutée locale. Lors du salon Eurosatory à Paris, DroneShield a également signé un protocole d’accord avec Defenture pour intégrer ses solutions sur des véhicules tactiques comme le Mammoth ou le GRF.
Un marché en pleine ébullition
Le marché mondial de la lutte anti-drones pèse environ 6,6 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 20 milliards d’ici 2030, soit une croissance annuelle de près de 25 %. Les tensions géopolitiques et la prolifération des drones bon marché alimentent cette course. DroneShield lui-même compare le secteur à un jeu du chat et de la souris où innovation et contre-mesure s’enchaînent.
La concurrence ne reste pas inactive. Lockheed Martin, Airbus Helicopters, Rafael ou encore Quantum Systems ont dévoilé de nouvelles solutions lors des derniers salons. Lockheed a notamment détruit un drone de groupe 3 avec un missile JAGM, tandis qu’Airbus et Quantum collaborent sur l’intégration de systèmes d’interception sur l’hélicoptère H145M.
Action sous pression, analystes partagés
En Bourse, le titre a pourtant salué la nomination de Goddard : lundi à Sydney, il a bondi de 4 % à 2,85 dollars australiens. Mais la tendance de fond reste morose. À 1,66 euro en clôture vendredi à Paris, l’action accuse un repli de 16 % depuis le début de l’année et s’échange 17 % sous sa moyenne mobile à 50 jours. L’indice RSI à 35 frôle la zone de survente.
Sur douze mois, le bilan reste flatteur : +61 %. Toutefois, le titre est loin de son plus haut annuel à 3,65 euros. Les analystes divergent. Bell Potter et Petra Capital maintiennent un achat avec un objectif de 4,80 dollars australiens, tandis que MarketGrader a dégradé l’action à « vendre » en mai 2026. Avec une capitalisation de 2,66 milliards de dollars australiens et une part institutionnelle de 42,7 %, la valorisation dépendra désormais de la capacité de DroneShield à transformer ces nouvelles cartes – un amiral influent et une usine en Europe – en contrats concrets.
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