À 4 172,90 dollars l’once vendredi, le métal jaune a encaissé une perte hebdomadaire de 3,65 % que même les divergences spectaculaires entre grandes banques ne parviennent à masquer. Goldman Sachs vient de trancher dans le vif : son objectif de fin d’année passe de 5 400 à 4 900 dollars. JPMorgan, de son côté, voit l’once reprendre son élan jusqu’à 6 000 dollars d’ici décembre et 6 300 dollars en 2027. Un écart de 1 100 dollars entre deux poids lourds de Wall Street.
Ce grand écart illustre le désarroi du marché. La cause immédiate ? La première réunion monétaire de Kevin Warsh à la tête de la Fed. La banque centrale a laissé ses taux dans la fourchette de 3,50 à 3,75 %, mais le nouveau dot plot a basculé dans le camp des faucons. Neuf des dix-neuf membres anticipent au moins un relèvement cette année, et le taux médian de fin 2026 est remonté à 3,80 %. L’outil FedWatch du CME Group donne désormais une probabilité de 70 % à un tour de vis d’ici septembre.
Warsh a enfoncé le clou en conférence de presse : la Fed abandonne purement et simplement toute forward guidance. Fini les projections directrices. Désormais, la politique monétaire réagira strictement aux données économiques du moment. Une rupture qui pèse lourd sur l’or, traditionnellement allergique aux perspectives de hausse des taux.
Les espoirs d’une détente géopolitique n’ont fait que griffer la tendance. La signature par Donald Trump d’une déclaration d’intention pour mettre fin au conflit iranien avait propulsé l’once au-dessus de 4 300 dollars. L’embellie a fait long feu : la Suisse a annoncé l’échec des négociations américano-iraniennes prévues sur son sol. La détente s’éloigne, les prix de l’énergie flambent (plus de 23 % sur un an), et l’inflation américaine a atteint 4,2 % en mai.
Dans ce climat, les investisseurs désertent les ETF aurifères. En mai, les sorties nettes ont atteint deux milliards de dollars, faisant chuter l’encours mondial à 604 milliards. L’Asie et l’Amérique du Nord ont cédé pour plus d’un milliard chacune ; seule l’Europe a enregistré de légères entrées. « Sans ce soutien institutionnel venu de l’Ouest, le marché perd un moteur essentiel », prévient Goldman Sachs.
L’analyse technique confirme l’usure. L’or évolue très loin sous sa moyenne mobile à 50 jours, située autour de 4 553 dollars. Le RSI, à 35,4, signale une demande durablement anémique. Greg Shearer, stratège chez JPMorgan, parle d’un « no man’s land technique » alimenté par un dollar fort et des anticipations de taux élevés.
La semaine qui s’ouvre sera décisive. Mardi 23 juin, les indices PMI manufacturier et des services américains donneront le ton. Jeudi 25, le core PCE – l’indicateur d’inflation préféré de la Fed – sera publié en même temps que la révision du PIB. Vendredi 26, les anticipations d’inflation de l’Université du Michigan concluront la série. Si le PCE ressort au-dessus des attentes, la probabilité d’un resserrement monétaire s’alourdit encore, poussant l’or vers de nouveaux plus bas. Le seuil des 4 150 dollars, déjà testé, joue désormais le rôle de soutien critique.
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