Le marché de la lutte anti-drones vit une mutation brutale. Motorola Solutions jette son dévolu sur l’israélien D‑Fend Solutions pour la bagatelle de 1,5 milliard de dollars, créant ainsi un concurrent doté d’un réseau commercial planétaire et de liens étroits avec les gouvernements. Pour DroneShield, déjà malmené en Bourse, ce mégadeal ajoute une pression supplémentaire sur un titre qui a cédé près de 16 % depuis le début de l’année.
Cet achat, dont la finalisation est attendue fin 2026, propulse D‑Fend dans l’orbite du géant américain. La société israélienne revendique un chiffre d’affaires de 185 millions de dollars pour l’exercice en cours et une croissance annuelle supérieure à 50 % grâce à sa plate‑forme radiofréquence déjà déployée dans de nombreux pays. DroneShield se retrouve désormais face à un acteur bénéficiant d’une puissance de feu financière et d’un accès privilégié aux marchés publics américains – un avantage que le « Safer Skies Act » pourrait encore renforcer.
Pourtant, l’australien ne reste pas les bras croisés en Europe. Sur le salon Eurosatory à Paris, il a scellé un partenariat avec le constructeur néerlandais Defenture pour intégrer ses systèmes de détection et de neutralisation directement sur des véhicules mobiles. Parallèlement, une alliance technique avec l’américain Parsons permet d’embarquer ses capteurs dans la plate‑forme « DroneArmor ». Mais le geste le plus fort est l’entrée en production de ses premiers systèmes entièrement fabriqués dans l’Union européenne – un prérequis indispensable pour décrocher les lucratifs appels d’offres militaires soumis aux critères « EU‑SAFE ». Un sous‑traitant non divulgué assure ce montage, qui devrait accélérer les livraisons aux armées européennes.
Ces avancées techniques et commerciales n’empêchent pourtant pas la défiance des investisseurs. Depuis mai, l’enquête de l’Autorité australienne des marchés financiers (ASIC) plane comme un nuage noir. Les investigations portent sur des communications et des transactions réalisées en novembre 2025. DroneShield assure coopérer pleinement, mais l’incertitude juridique pèse lourdement sur le moral des actionnaires. L’action a chuté de 54 % par rapport à son plus haut des douze derniers mois, atteint en octobre.
À cela s’ajoute un camouflet sur le front domestique : le ministère australien de la Défense a confié un contrat géant de 1,3 milliard de dollars australiens – étalé sur dix ans – au britannique OpenWorks Engineering pour des systèmes optiques d’alerte précoce. Canberra diversifie délibérément ses fournisseurs, et DroneShield n’a pas été retenu. Un mouvement de profit taking généralisé sur les valeurs de défense, déclenché par les rumeurs d’un accord de paix entre les États‑Unis et l’Iran, a enfoncé le clou la semaine dernière.
Techniquement, le titre a clôturé vendredi à 1,66 euro. Le RSI, à 35, frôle la zone de survente. La résistance majeure se situe à 2,00 euros (moyenne mobile de moyen terme), tandis que le plancher absolu est le point bas annuel de 0,82 euro. La volatilité annualisée atteint 56 %, signe d’une nervosité extrême.
Tous les regards sont désormais tournés vers la publication des résultats semestriels en août. Le marché attend une preuve tangible : quelle part du pipeline de 2,2 milliards de dollars sera convertie en commandes fermes ? D’ici là, DroneShield cherche activement d’autres partenaires de production aux États‑Unis pour ne pas laisser Motorola et D‑Fend capter seuls les prochains marchés publics outre‑Atlantique.
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