L’action Eutelsat traverse une période schizophrénique rare. D’un côté, le groupe satellite engrange des contrats publics majeurs, de l’autre, son titre s’effondre en Bourse. La raison ? La levée d’une période de blocage de 190 jours, intervenue le 17 juin, qui permet désormais aux actionnaires de référence – l’État français, le gouvernement britannique et Bharti Space – de céder librement leurs parts. En une semaine, le cours a plongé de plus de 20 %, pour s’établir à 2,34 euros. La volatilité annualisée atteint près de 108 %, et le RSI à 34,4 signale une zone quasi survendue.
Opérationnellement, le dossier ne cesse pourtant de s’étoffer. Le groupe a signé le contrat CENTAURE avec la Direction générale de l’armement (DGA) française : 138 millions d’euros de recettes fermes sur quatre ans, avec un potentiel total de 350 millions d’euros à long terme. À cela s’ajoute un accord de connectivité en Angola, ainsi que le premier tirage sur le méga-contrat-cadre Nexus en France. Ces succès commerciaux illustrent la montée en puissance des satellites en orbite basse (LEO), dont les revenus ont bondi de 65 % sur le dernier exercice.
Ce virage stratégique a un coût élevé. Après une émission obligataire massive au printemps, Eutelsat consacre l’essentiel des liquidités au déploiement de son réseau LEO. Pour l’exercice en cours, la direction table sur un chiffre d’affaires stable, mais une marge opérationnelle en léger recul. L’ambition reste intacte : atteindre 1,5 milliard d’euros de revenus opérationnels d’ici la fin de la décennie, avec une marge de 65 %. En attendant, le titre demeure un pari spéculatif sur la réussite de la transformation.
L’environnement sectoriel s’anime également. Le concurrent AST SpaceMobile vient de lancer trois satellites BlueBird via SpaceX pour la connectivité directe vers les smartphones, tandis que le fonds EQT a racheté la start-up berlinoise Exolaunch. Autant de signaux qui rappellent que la course à l’espace basse altitude s’intensifie. Pour Eutelsat, l’enjeu est de transformer ces commandes gouvernementales en marges solides, alors que le marché scrute chaque mouvement des gros porteurs.
Techniquement, le titre doit d’abord reconquérir sa moyenne mobile à 50 jours, située à 3,00 euros, pour espérer casser la tendance baissière. Sans rachat significatif de la part des actionnaires historiques, le prochain support se situe au plus bas annuel de 1,59 euro. La pression vendeuse post-lock-up pourrait bien tester ce niveau dans les semaines à venir.
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