Le métal jaune évolue dans une fourchette étroite de 4.400 à 4.425 dollars l’once, mais derrière cette apparente stabilité se joue un basculement silencieux. Les banques centrales, emmenées par Pékin et Varsovie, ont acheté près de 289 tonnes d’or au deuxième trimestre 2026, un record absolu pour cette période de l’année selon le World Gold Council. Pendant ce temps, le lingot cédait 1,1 % mardi, à 4.423,60 dollars, pénalisé par la remontée des rendements obligataires américains.
La Corée du Sud sort de treize ans de silence
Le mouvement le plus spectaculaire vient de Séoul. La Banque de Corée a effectué ses premiers achats physiques depuis treize ans, une décision révélée le 18 août et saluée par les observateurs comme un possible tournant. L’institution justifie cette entrée par la nécessité de diversifier des réserves de change longtemps restées à l’écart du métal précieux, même au plus fort de la flambée des cours.
Les investisseurs particuliers sud-coréens suivent la même trajectoire. Les volumes négociés sur le marché KRX ont bondi durant la première quinzaine d’août, avec des achats nets cumulés d’environ 133 milliards de wons. Cette effervescence asiatique contraste avec les prises de bénéfices observées chez certains fonds occidentaux : la demande se déplace géographiquement.
L’Inde défie la logique des prix
Le comportement des ménages indiens mérite tout autant l’attention. Alors que le métal jaune s’échange environ 60 % au-dessus de son niveau de l’an dernier, l’offre de recyclage s’est effondrée à 19 tonnes au deuxième trimestre, son plus bas niveau depuis onze trimestres. Au lieu de vendre leurs bijoux, les foyers indiens préfèrent les mettre en gage, selon les analyses de J. Rotbart & Co.
Mieux : la demande physique indienne a atteint 131 tonnes sur la période, pour des dépenses records d’environ 21 milliards de dollars. Ce comportement, qui inverse la logique habituelle du marché — l’offre devrait augmenter quand les prix grimpent —, offre un plancher naturel au cours.
Des achats opportunistes malgré des taux réels en hausse
Le timing des banques centrales mérite d’être souligné. Elles ont profité des phases de faiblesse du cours pour étoffer leurs réserves, sans se laisser décourager par la remontée temporaire des taux réels. Cette stratégie confirme le statut du métal comme valeur refuge face aux crises géopolitiques et aux risques de sanctions.
La demande de bijoux, elle, a dévissé de 17 % à 278 tonnes sur le trimestre, victime des niveaux de prix élevés. Les achats officiels ont plus que compensé ce repli, soulignant le rôle désormais central des États dans la dynamique du marché.
Le Proche-Orient et la Fed dans l’équation
Deux facteurs alimentent la nervosité ambiante. Le détroit d’Ormuz, d’abord, reste un point de vigilance : les négociations américano-iraniennes sur sa réouverture piétinent, maintenant le Brent entre 89 et 91 dollars le baril et ravivant les craintes inflationnistes. La donne monétaire, ensuite, avec les propos du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh. Les chiffres décevants de l’emploi de juillet — 23.000 postes créés en moins que prévu — ont renforcé les anticipations d’une pause lors de la réunion du 16 septembre, les marchés évaluant cette hypothèse à environ 65 %, contre 31 % pour un tour de vis supplémentaire.
Les minutes de la dernière réunion du FOMC, publiées mercredi, devraient éclairer les intentions de la banque centrale. Un ton accommodant soutiendrait le métal jaune, d’autant que la situation militaire au Proche-Orient entretient la demande de valeurs refuges.
Une consolidation loin de la surchauffe
Le récent repli s’apparente davantage à une respiration qu’à une correction brutale. Après une progression en août comparable à celle de janvier — qui avait porté le cours à son sommet historique de près de 5.600 dollars —, le lingot évolue désormais environ 21 % sous ce pic, tout en restant 33 % au-dessus de son creux d’août 2025. L’indicateur RSI, autour de 60, n’indique aucune zone de surachat.
À plus long terme, le cours conserve une avance de 34 % sur son point bas des cinquante-deux semaines, établi à 3.310,10 dollars en août 2025. La séance de mardi sera scrutée à l’ouverture de Wall Street, où les opérateurs spéculatifs pourraient amplifier les prises de bénéfices. Mais la demande physique asiatique — portée par les nouveaux acheteurs institutionnels et la rareté du recyclage indien — devrait continuer de borner le repli.
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