La biotech française aborde un tournant réglementaire majeur. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a validé le dépôt de demande d’autorisation pour PF-07307405, le candidat vaccin contre la borréliose de Lyme développé avec Pfizer. Cette étape, purement procédurale, ouvre la porte à l’évaluation scientifique approfondie d’un produit qui pourrait devenir le premier vaccin humain autorisé contre cette maladie transmise par les tiques en Europe.
Le potentiel commercial est considérable. L’étude de phase 3 VALOR, menée auprès de 9 437 participants âgés de cinq ans et plus, a démontré une efficacité supérieure à 70 %. La direction de Valneva souligne que plus de 200 millions de personnes vivent dans des zones à risque en Europe, où l’on recense environ 132 000 nouveaux cas chaque année.
Un marché qui avait déjà anticipé la nouvelle
L’enthousiasme suscité par cette avancée réglementaire doit toutefois être tempéré par la réaction du marché. Ce mardi, l’action cède 4,2 % à 2,94 euros, après une clôture à 3,07 euros la veille. Ce repli s’explique par la dynamique récente du titre : sur les trente derniers jours, il s’était adjugé 36 à 38 % selon les sources, les investisseurs ayant visiblement intégré l’issue favorable de cette étape administrative. Une partie des gains fait désormais l’objet de prises de bénéfices.
Cette volatilité n’est pas près de s’apaiser. L’indice de force relative atteint 74,5, signalant une zone de surachat technique, tandis que la volatilité sur 30 jours s’établit à 88 %. Un repli après une progression aussi rapide ne surprendrait guère les analystes techniques.
Des comptes qui restent dans le rouge
Derrière la promesse vaccinale, la réalité financière demeure préoccupante. Au premier semestre 2026, Valneva a enregistré des ventes de produits de 64,0 millions d’euros, mais la perte nette s’est creusée à 63,28 millions d’euros, avec une perte d’EBITDA ajusté de 40,14 millions d’euros. L’augmentation de capital réalisée a porté la trésorerie à 121,5 millions d’euros au 30 juin.
Le deuxième trimestre s’est révélé particulièrement décevant : la perte par action a atteint 0,40 dollar américain, contre une prévision de 0,19 dollar, et le chiffre d’affaires de 39,37 millions de dollars est resté sous le consensus de 44,17 millions. Pour l’ensemble de l’exercice, le groupe table sur des ventes de produits comprises entre 135 et 150 millions d’euros.
Les analystes d’HC Wainwright ont néanmoins ajusté leurs projections dans un sens favorable, relevant leur prévision de perte par action pour le troisième trimestre de 0,21 à 0,18 dollar. Le consensus annuel reste déficitaire à 1,04 dollar par action pour 2026, mais le cabinet anticipe un retour aux bénéfices en 2027 avec un gain de 1,80 dollar par action.
Un consensus partagé entre optimisme et prudence
Le regard des professionnels sur le dossier demeure contrasté. Quatre analystes recommandent l’achat du titre, deux conseillent la vente, pour un consensus global de « conserver » avec un objectif de cours moyen de 11,98 dollars. Cet écart reflète l’incertitude qui entoure la valorisation d’un programme vaccinal sans équivalent sur le marché.
La capitalisation boursière de 612,72 millions d’euros repose en grande partie sur les espoirs placés dans ce vaccin. Si l’examen de l’EMA devait s’enliser ou aboutir à un avis négatif, les gains récents risqueraient de s’évaporer rapidement, le seul socle opérationnel ne suffisant pas à justifier la valorisation actuelle.
Des catalyseurs à surveiller
Les prochains mois s’annoncent décisifs. Les résultats de deux études sur le vaccin contre la shigellose sont attendus, ce qui renforcerait la diversification du portefeuille en cas de données positives. Le programme chikungunya progresse également : le partenaire Butantan a obtenu une autorisation pour un vaccin produit localement au Brésil, déjà utilisé dans une campagne pilote.
Le titre reste néanmoins en territoire négatif depuis le début de l’année, avec un recul de 20 %, et se situe 44 % sous son plus haut sur 52 semaines. La validation de l’EMA ne constitue qu’une première étape : aucune date de décision n’a été communiquée, et le processus d’évaluation ne fait que commencer. D’ici là, chaque publication relative à l’avancement du dossier ou aux données de la pipeline pourrait déclencher de nouveaux mouvements brusques sur une action visiblement sensible aux anticipations.
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