Le métal jaune a subi vendredi sa troisième perte hebdomadaire consécutive, clôturant à 4.172,90 dollars l’once. Deux chocs simultanés expliquent ce décrochage : le durcissement inattendu de la Réserve fédérale américaine et la signature d’un accord de paix historique entre les États-Unis et l’Iran, qui a fait s’évaporer la prime de risque géopolitique.
Alors que l’inflation américaine atteint 4,2 %, son plus haut niveau depuis trois ans, la Fed a pris les marchés à contre-pied. Jerome Powell a maintenu les taux à 3,50-3,75 %, mais le vrai signal est venu des projections : neuf des dix-neuf membres du FOMC anticipent désormais au moins un resserrement supplémentaire d’ici la fin 2026, et la prévision de taux pour cette échéance a été relevée à 3,8 %. Le dollar a bondi à son plus haut niveau depuis huit semaines, renchérissant l’or pour les acheteurs non américains. Le marché des futures intègre aujourd’hui une probabilité de 70 % qu’un tour de vis intervienne avant septembre.
La détente iranienne a achevé de saper les soutiens du métal précieux. L’accord de paix signé en Suisse rouvre le détroit d’Ormuz et dissipe les craintes de perturbations pétrolières qui avaient nourri la demande refuge. Les investisseurs ont réalloué des capitaux vers les actions, tandis que les sorties des ETF aurifères se sont accélérées : près de 2 milliards de dollars ont été retirés des fonds mondiaux en mai, et le SPDR Gold Shares accuse un exode net de 8,3 milliards depuis le début de l’année, ses réserves tombant à 1.013 tonnes mi-juin.
Goldman Sachs a réagi en abaissant son objectif de cours de 500 dollars, à 4.900 dollars l’once, invoquant la disparition des espoirs de baisse des taux et le ralentissement des flux ETF. À l’inverse, J.P. Morgan maintient une vision haussière à long terme, avec une cible de 6.000 dollars pour fin 2026 et 6.300 dollars pour 2027. Les banques centrales continuent aussi d’acheter : 244 tonnes nettes au premier trimestre, une robustesse qui ne compense toutefois pas la pression vendeuse sur le marché à terme.
Sur le plan technique, l’once a perdu près de 8 % en un mois et se situe désormais 26 % sous son record annuel de fin janvier. Elle a enfoncé sa moyenne mobile à 50 jours (4.553 dollars) et passé sous les 200 jours, attirant des ventes automatiques. Le RSI s’établit à 35,4, frôlant la zone de survente mais sans l’avoir encore atteinte. La barre psychologique des 4.000 dollars constitue le principal support, tandis que la résistance se dessine entre 4.330 et 4.355 dollars.
La semaine s’annonce décisive. Les indices PMI américains mardi et surtout l’indice Core PCE de mai, la mesure d’inflation préférée de la Fed, seront scrutés. Un chiffre plus élevé que prévu renforcerait les anticipations de hausse des taux et accroîtrait la pression sur l’once. À court terme, la tendance reste baissière tant que le seuil des 4.000 dollars tient.
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