L’action Nvidia évolue autour de 176 euros, en recul de près de 7 % sur le mois et d’environ 12 % par rapport au sommet de mai. À quelques heures de l’assemblée générale virtuelle de 2026, le titre est en pleine zone de turbulences. La croissance phénoménale du chiffre d’affaires – 81,6 milliards de dollars au premier trimestre, soit +85 % sur un an – ne suffit plus à rassurer les investisseurs. Le prochain catalyseur est connu : la plateforme Vera Rubin, dont les premières livraisons sont attendues au quatrième trimestre 2026. Mais ce calendrier agressif se heurte à un mur géopolitique qui fragilise l’un des piliers historiques du groupe.
La direction mise sur un rythme annuel de nouvelles architectures. Après le Blackwell Ultra B300, dont la montée en cadence occupe les usines, Rubin doit maintenir cette cadence infernale. Nvidia promet un bond de productivité spectaculaire : jusqu’à 3,3 fois plus de débit sur certaines charges scientifiques. Mais chaque génération impose une refonte complète des systèmes de refroidissement et d’alimentation, sans compter les goulots d’étranglement signalés pour certains composants du Blackwell Ultra. Le moindre retard de production fragiliserait une transition déjà scrutée de près.
Ce défi industriel intervient alors que le marché chinois, qui représentait un cinquième des revenus du datacenter, s’est effondré sous l’effet des restrictions américaines. Depuis février 2026, des licences permettent des expéditions limitées vers la Chine, mais aucun dollar n’a été encaissé : Pékin bloque à la frontière les importations et pousse ses champions locaux à développer leurs propres circuits. La conséquence est double : non seulement Nvidia perd des ventes, mais elle accélère involontairement l’émergence d’un écosystème chinois concurrent.
Face à ce trou d’air géopolitique, l’entreprise a trouvé un nouveau relais de croissance : les États. La « souveraineté en intelligence artificielle » a généré 30 milliards de dollars de revenus sur le dernier exercice, soit plus du triple de l’année précédente. Nvidia fournit aux gouvernements les moyens de bâtir leur propre infrastructure, avec des partenariats concrets en France (18 000 systèmes Grace-Blackwell), au Royaume-Uni (un milliard de livres d’investissement d’ici 2030) ou en Allemagne via la Deutsche Telekom. Ces contrats viennent diversifier une base de clients jusqu’ici trop concentrée sur les grands cloud providers, qui pèsent encore la moitié des ventes.
L’équilibre du titre reste tendu. Le RSI, à 44,5, traduit une absence de dynamique haussière, et le franchissement de la moyenne mobile à 50 jours (180,85 euros) est loin d’être acquis. La prochaine zone de soutien se situe à 168,32 euros, seuil des 100 jours, tandis que la moyenne à 200 jours, à 163,32 euros, agirait comme un plancher en cas de nouvelle dégradation. Le consensus des analystes, à 262,47 euros, implique pourtant un potentiel de près de 47 %. Cet écart entre le cours et la cible traduit une prime de risque liée aux incertitudes d’exécution, mais aussi à la conviction que la demande sous-jacente pour les accélérateurs IA – portée notamment par la transformation des premiers projets pilotes en fermes de calcul massives – reste intacte.
Le logiciel CUDA et ses bibliothèques spécialisées (CUDA-X, BioNeMo) forment une barrière à l’entrée que les rivaux peinent à contourner. Nvidia conserve entre 85 et 92 % du marché des accélérateurs IA. La question centrale reste celle du tempo : parviendra-t-elle à livrer Rubin dans les délais tout en absorbant les perturbations politiques ? La réponse ne viendra probablement pas de l’assemblée générale, mais des premiers chiffres de production au second semestre. En attendant, le marché guette le moindre signe, chaque décision prise à Washington ou à Pékin pouvant faire basculer le cours.
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