Le constructeur chinois BYD multiplie les fronts. Entre le déploiement accéléré de son réseau de recharge ultrarapide, l’expansion de sa flotte équipée d’assistants à la conduite et l’annonce imminente d’un robot humanoïde, le groupe affiche une ambition tous azimuts. Pourtant, la Bourse reste de marbre : l’action a clôturé vendredi à 9,79 euros, en repli de 2,5 % sur la semaine, et accuse désormais un recul de 26 % par rapport à son plus haut sur 52 semaines de 13,23 euros, atteint le 26 août de l’année dernière.
Un écosystème de recharge qui prend forme
Mercredi, BYD a mis en service à Shanghai sa première station de recharge flagship dédiée à la technologie « Flash Charging ». L’ancienne station-service Sinopec a été entièrement reconvertie en hub pour véhicules électriques, dans le cadre d’un partenariat stratégique visant l’installation de 20 000 bornes d’ici la fin de l’année. Une manière pour le groupe de sécuriser l’usage quotidien de sa flotte grandissante et de répondre à l’un des principaux freins à l’adoption du véhicule électrique en Chine.
Cette montée en puissance s’accompagne d’une collecte massive de données. La flotte de BYD équipée de systèmes d’aide à la conduite a franchi le cap des 3,52 millions de véhicules. Le dispositif « DiGod’s Eye » génère chaque jour plus de 220 millions de kilomètres de données de conduite, une matière première précieuse pour accélérer le développement des fonctions d’autonomie face aux concurrents occidentaux.
Une cadence de lancements effrénée
Le groupe ne ralentit pas le rythme côté nouveautés. Le 11 août, le « 2027 Seal 06 » est devenu le premier modèle de sa catégorie de prix à embarquer le système LiDAR « God’s Eye B », avec un prix d’entrée fixé à 99 900 yuans. Une semaine plus tard, la berline Qin Max a fait ses débuts commerciaux : proposée en hybride rechargeable à partir de 99 900 yuans et en version 100 % électrique dès 109 900 yuans, elle intègre dans ses deux déclinaisons la technologie de recharge rapide de 1 500 kilowatts.
Jeudi, BYD a ouvert les précommandes du Sealion 08, le SUV phare de la gamme Ocean, affiché entre 230 000 et 280 000 yuans. Parallèlement, les documents d’homologation déposés auprès des autorités chinoises révèlent que la future Denza N8, modèle de la sous-marque éponyme, atteindra une autonomie maximale de 1 003 kilomètres en tout électrique.
Le Japon, nouveau terrain de conquête
À l’international, le constructeur soigne particulièrement son développement au Japon, où il ambitionne de porter son réseau de 80 à 100 points de vente d’ici fin 2026, puis à 120 à l’horizon 2027. Le Kei-Car Racco, lancé début août à Tokyo, a déjà séduit : plus de 1 000 commandes ont été enregistrées en deux semaines, dépassant les objectifs internes. Une performance remarquable dans un segment historiquement dominé par les constructeurs nippons, qui témoigne de la montée en confiance du groupe chinois sur la scène internationale.
Des exportations record qui masquent un marché intérieur atone
Cette dynamique extérieure se reflète dans les chiffres. En juillet, BYD a écoulé 419 211 véhicules à énergie nouvelle dans le monde, soit une progression de 21,76 % sur un an — le troisième mois consécutif de croissance annuelle. Les ventes à l’étranger de voitures particulières et de pickups ont atteint un record de 179 841 unités, plus du double par rapport à l’année précédente.
Le contraste est saisissant avec le marché chinois. Sur les sept premiers mois de l’année, les ventes cumulées s’établissent à 2 227 722 unités, en recul de 10,54 % par rapport à la même période de l’an dernier. Le repli s’est toutefois nettement atténué par rapport au premier semestre, qui affichait une baisse de 15,72 %. Pour atteindre ne serait-ce que le bas de sa fourchette annuelle de 5 à 5,5 millions de véhicules, BYD devrait écouler en moyenne environ 530 000 unités par mois d’ici décembre.
La guerre des prix qui sévit sur le marché domestique explique en grande partie cette faiblesse. Bank of America Securities a d’ailleurs relevé début août son objectif de cours à 123 dollars de Hong Kong (contre 119 auparavant), tout en maintenant sa recommandation « Achat », mais a simultanément réduit ses prévisions de ventes pour 2026 de 5 à 10 % en raison de la mollesse du marché intérieur. Quelques jours plus tôt, DBS avait réaffirmé sa note « Achat » avec un objectif de 150 dollars de Hong Kong.
La robotique, nouveau relais de croissance ?
Le groupe a par ailleurs confirmé fin juillet la présentation d’un robot humanoïde en août, sans toutefois préciser ses applications ni le calendrier d’une éventuelle commercialisation. Cette incursion dans la robotique illustre la volonté de BYD de se positionner comme un groupe technologique au-delà de son cœur de métier automobile.
Un rendez-vous décisif fin août
Le marché, lui, semble privilégier les signaux négatifs plutôt que les succès opérationnels. Depuis le début de l’année, l’action perd 8,6 %, et le repli de 0,5 % enregistré depuis la réunion du conseil d’administration de mercredi dernier s’inscrit dans cette tendance. Les investisseurs paraissent davantage préoccupés par la faiblesse de la demande intérieure et l’objectif annuel menacé que par les records d’exportation.
Le 28 août, le conseil d’administration examinera et validera les résultats semestriels arrêtés au 30 juin 2026. Cette échéance pourrait apporter un éclairage décisif sur la rentabilité réelle des activités à l’export et, peut-être, inverser la dynamique boursière. D’ici là, la question demeure : l’expansion du réseau de distribution japonais, les nouvelles plateformes de recharge et les promesses de la robotique suffiront-elles à convaincre des investisseurs visiblement sceptiques ?
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