Jamais les banques centrales n’avaient affiché une telle appétence pour l’or depuis neuf ans. Selon l’enquête du World Gold Council publiée le 16 juin, 45 % des 76 instituts d’émission interrogés prévoient d’accroître leurs réserves dans les douze mois à venir. Au premier trimestre 2026, les achats nets ont atteint 244 tonnes, un volume supérieur à celui du trimestre précédent et à la moyenne quinquennale. Les pays émergents mènent la danse, voyant dans le métal jaune un rempart stratégique contre l’incertitude monétaire.
Pourtant, ce soutien de poids n’empêche pas l’once de vaciller. Depuis son sommet sur 52 semaines à 5 627 dollars, elle a dévissé d’environ 28 %, pour s’échanger aux alentours de 4 050 dollars. Un rebond technique a eu lieu jeudi, porté par des chiffres d’inflation américains conformes aux attentes, qui ont affaibli le dollar et redonné un peu d’air au métal précieux. Le gain du jour atteint à peine 1 %, mais il permet à l’once de se maintenir au-dessus du seuil psychologique des 4 000 dollars, brièvement enfoncé ces derniers jours.
Kevin Warsh et l’Iran : deux vents contraires
La pression baissière trouve son origine principale dans la politique monétaire américaine. Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a présidé son premier FOMC les 16 et 17 juin. Les taux ont été maintenus dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %, mais le ton s’est radicalement durci. Neuf des dix-huit membres du comité ont indiqué qu’au moins une hausse supplémentaire était envisagée d’ici la fin de l’année. Parallèlement, la Fed a relevé sa prévision d’inflation pour 2026 à 3,6 %, repoussant tout espoir de baisse des taux au moins jusqu’en 2027.
Ce virage hawkish a propulsé le dollar à son plus haut niveau depuis un an face à l’euro. Un billet vert fort renchérit le coût de l’or pour les acheteurs non américains et pèse mécaniquement sur la demande.
À cela s’ajoute un apaisement géopolitique. Le 17 juin, les États-Unis et l’Iran ont signé un accord provisoire prévoyant l’arrêt des opérations militaires, l’assouplissement des sanctions et la réouverture du détroit d’Ormuz. Si Téhéran a démenti certaines déclarations de Donald Trump sur de longues inspections atomiques, le simple fait que des négociations avancent réduit l’attrait pour les valeurs refuges. L’or perd ainsi une partie de sa prime de risque.
Des prévisions en pleine déroute
Les grandes banques d’investissement ajustent leurs modèles en conséquence. Goldman Sachs a abaissé son objectif de fin 2026 de 5 400 à 4 900 dollars l’once le 19 juin, invoquant l’absence de détente monétaire. La Deutsche Bank a été plus brutale : elle a réduit sa prévision pour le troisième trimestre de 22 %, à 4 300 dollars, avant de tabler sur un rebond à 4 800 dollars au quatrième trimestre. De son côté, ING voit le métal jaune à 4 600 dollars en moyenne sur les trois derniers mois de l’année.
Seul JPMorgan fait figure d’exception. La banque a certes revu sa moyenne annuelle 2026 à 5 243 dollars, mais elle maintient un objectif proche de 6 000 dollars pour le dernier trimestre. Certains analystes évoquent même 6 300 dollars d’ici fin 2027, si la Fed finit par infléchir sa position. Un scénario qui, pour l’instant, reste purement conditionnel.
Signaux techniques et résistance à franchir
L’indice RSI se situe à 33, un niveau qui suggère que l’once est techniquement survendue. Sur trente jours, la baisse dépasse 10 %. Le cours évolue environ 10 % en dessous de sa moyenne mobile à 50 jours, fixée à 4 496 dollars. Un retour durable au-dessus de cette ligne améliorerait nettement la configuration graphique.
Reste à savoir si le mur de 244 tonnes d’achats trimestriels des banques centrales suffira à contenir la pression jusqu’à ce que la Fed desserre son étau. En attendant, la demande privée reste atone : les prix élevés freinent les achats de bijoux, et les investisseurs spéculatifs préfèrent la liquidité du dollar. Le métal jaune évolue donc dans un équilibre instable, entre un plancher structurel solide et des vents contraires qui ne semblent pas prêts de faiblir.
Publicité
Gold: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Gold et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Gold entièrement gratuite : En savoir plus ici !

