Le secteur de la lutte antidrones connaît une expansion vertigineuse : estimé à 4,93 milliards de dollars en 2025, il devrait atteindre 36,42 milliards d’ici 2035, soit une croissance annuelle de près de 22 %. L’Europe, avec l’initiative Readiness 2030, débloque jusqu’à 800 milliards d’euros d’investissements dans la défense. DroneShield, seul pure-player coté mondial de ce créneau, semble taillé pour capter cette manne. Pourtant, l’action ne cesse de reculer. Le paradoxe s’explique par une crise de gouvernance qui érode la confiance des investisseurs.
Une enquête et des ventes d’initiés qui pèsent
Depuis novembre 2025, l’ASIC, le gendarme boursier australien, examine les pratiques de communication de DroneShield et des soupçons de délit d’initié. En cause : l’ancien directeur général Oleg Vornik, le président Peter James et l’administrateur Jethro Marks ont cédé l’intégralité de leurs participations pour environ 66,8 millions de dollars australiens, tandis que la société publiait puis rétractait une annonce de contrat erronée.
Par ailleurs, l’assemblée générale a approuvé de justesse un plan d’options pour le nouveau CEO Angus Bean, mais a rejeté le rapport de rémunération – un « premier strike » selon le droit australien. Un second strike pourrait provoquer la révocation du conseil d’administration, un scénario cauchemardesque pour une entreprise en pleine expansion.
Des analystes divisés, un actionnariat qui fuit
La défiance se lit dans les notes des analystes. Jefferies a dégradé le titre à underperform et abaissé son objectif de cours à 2,80 dollars australiens (contre 3,40 auparavant), anticipant des revenus 2026-2028 inférieurs d’environ 10 % aux estimations. Bell Potter, à l’inverse, reste à l’achat avec un objectif de 4,80 dollars, misant sur la liquidité abondante et le carnet de commandes. Entre-temps, Citigroup, qui comptait parmi les gros actionnaires, est sorti du capital, accentuant la pression vendeuse.
Un marché pourtant bien orienté
L’activité opérationnelle ne justifie pourtant pas ce décrochage. DroneShield a annoncé cette semaine un contrat avec la US Joint Interagency Task Force 401, une entité du Pentagone. Le montant initial s’élève à 19,3 millions de dollars, avec 5,6 millions de dollars d’options sur cinq ans. Le périmètre inclut des systèmes fixes et mobiles de détection et neutralisation de drones, ainsi que des abonnements, garanties et services. Les livraisons s’étaleront sur 2026 et 2027.
Cette nouvelle n’a pas enrayé la chute. Vendredi, l’action clôturait à 1,78 euro, en baisse de 3,45 % sur la séance, de 12,75 % sur la semaine et de 23,49 % sur trente jours. Depuis le début de l’année, le recul atteint 10,37 %.
Le graphique ne pardonne pas
Techniquement, la situation est tendue. Le cours évolue 16,44 % sous sa moyenne mobile à 50 jours (2,13 euros) et loin de la moyenne à 200 jours (2,07 euros). La zone des 2,07 à 2,17 euros constitue désormais une résistance serrée. Le RSI sur 14 jours s’établit à 36,1, signalant un momentum faible mais pas encore de survente extrême. La volatilité annualisée à 30 jours atteint 54,36 %, de nature à provoquer des mouvements brusques.
Le titre reste très loin de son plus haut annuel à 3,65 euros touché le 6 octobre 2025, mais également 115,86 % au-dessus du point bas de 0,82 euro enregistré le 21 novembre 2025. Sur douze mois, la performance reste positive (+81,46 %), ce qui relativise la correction récente.
Une mue stratégique en cours
Sous le bruit de fond des scandales, DroneShield poursuit sa transformation. La part des revenus récurrents dans le carnet de commandes est passée de 7 % à 13 %. L’objectif affiché est d’atteindre un milliard de dollars australiens de chiffre d’affaires d’ici 2030, dont plus de 30 % en abonnements et services.
Le projet phare est l’infrastructure de gestion de l’espace aérien pour la Coupe du monde de football 2026 à Kansas City. La ville prévoit d’ouvrir ensuite ces installations aux opérateurs commerciaux comme Amazon Prime Air, avec le financement du département de la Sécurité intérieure et de la FEMA. Ce serait le passage du statut de fournisseur militaire à celui de plateforme de gestion urbaine.
L’Europe dans le viseur
Pour renforcer sa présence, DroneShield a inauguré en mars 2026 son siège européen à Amsterdam et annoncé une production en propre dans l’UE. Une initiative allemande de chaîne d’approvisionnement doit également consolider les partenariats locaux.
Rendez-vous en août
Les résultats semestriels, prévus en août, constitueront le prochain test crucial. Les investisseurs guetteront deux signaux : la progression des revenus récurrents et, surtout, des avancées concrètes pour assainir la gouvernance. Si le marché est prêt à valoriser le secteur – l’acquisition de D‑Fend Solutions par Motorola Solutions pour 1,5 milliard de dollars (environ huit fois le chiffre d’affaires annuel) a posé un benchmark –, il exige désormais de DroneShield qu’elle mette de l’ordre dans sa salle des commandes.
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