Jamais le consensus de marché n’avait paru aussi fragile avant une réunion de la Réserve fédérale. Ce mercredi à 14 heures, Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, annoncera sa première décision de taux dans un climat d’incertitude inédit. La probabilité d’un tour de vis, estimée à 10 % il y a quelques jours, a bondi entre 35 et 40 % selon l’outil CME FedWatch. Citadel Securities va jusqu’à parier sur une hausse de 25 points de base, tandis qu’UBS table sur un statu quo, tout en reconnaissant une fracture profonde au sein du FOMC.
Pour les investisseurs en or, l’enjeu est de taille. Une hausse des taux renforcerait le dollar et rendrait les actifs rémunérateurs plus attractifs, pénalisant le métal jaune. À l’inverse, une pause prolongée lui offrirait un vent favorable. Mais le nouveau patron de la Fed, en évitant soigneusement tout signal clair depuis sa nomination, a lui-même alimenté la volatilité.
La trêve iranienne rebat les cartes de l’inflation
Parallèlement, une accalmie géopolitique inattendue est venue brouiller les calculs des analystes. Après une trêve entre les États-Unis et l’Iran intervenue ce week-end, le pétrole Brent a dévissé de 6 à 9 % lundi, tandis que le WTI a perdu jusqu’à 12 % par rapport à son sommet de jeudi. Washington a mis fin sans annonce officielle à sa campagne de frappes de près de deux semaines, et Téhéran a promis de cesser ses représailles tant que les opérations américaines resteront suspendues.
Ce reflux brutal du prix du pétrole – qui avait grimpé d’un cinquième en juillet sous l’effet des tensions – retire un argument majeur aux partisans d’un resserrement monétaire. La HSBC évoque « l’incertitude la plus élevée depuis deux ans » sur le front des matières premières. Moins de pression inflationniste signifie mécaniquement moins d’urgence à relever les taux, ce qui brouille encore davantage les anticipations de marché.
Pékin achète sans regarder le prix
Pendant que les spéculateurs retiennent leur souffle, les banques centrales poursuivent leur accumulation silencieuse. La Banque populaire de Chine a acheté 14,93 tonnes d’or en juin 2026, soit son plus gros volume mensuel depuis 2023. Il s’agit du vingtième mois consécutif d’achats, la plus longue série documentée depuis au moins 2015.
Le timing est remarquable : Pékin a massivement acquis au moment même où l’or touchait un plus bas à 4 002 dollars l’once, son niveau le plus faible depuis novembre 2025. Ces achats obéissent à une logique structurelle, non conjoncturelle. La part de l’or dans les réserves chinoises reste très inférieure à celle des banques centrales occidentales, ce qui laisse une marge de manœuvre considérable pour de futures acquisitions, quels que soient les mouvements de taux ou les prix spot.
Le World Gold Council confirme cette tendance de fond : dans sa plus vaste enquête jamais réalisée auprès de 76 banques centrales, 89 % des répondants anticipent une hausse des réserves mondiales d’or dans les douze mois, et un record de 45 % prévoit d’accroître ses propres stocks.
Un marché en équilibre instable
À 4 081,10 dollars l’once, l’or affiche lundi une progression de 0,63 % sur la séance et de 1,73 % sur la semaine. La trêve iranienne a visiblement rassuré les opérateurs. Pourtant, le métal jaune reste très loin de ses sommets : il cède encore 5,81 % depuis le 1er janvier et se négocie 27 % sous son record absolu de 5 626,80 dollars atteint fin janvier.
Les indicateurs techniques confirment cette fragilité. Le cours évolue 3,59 % sous sa moyenne mobile à 50 jours (4 233,12 dollars), tandis que le RSI à 46,8 traduit une phase d’attente, sans signal directionnel clair.
La demande physique offre un contraste saisissant : en Inde, les décotes sur l’or ont atteint leur plus haut niveau en sept semaines, les prix élevés freinant les achats. En Chine, en revanche, l’intérêt acheteur s’est nettement amélioré.
Mercredi, la Fed tranchera. Si Kevin Warsh opte pour le statu quo, l’or pourrait bénéficier de l’apaisement des craintes inflationnistes, renforcé par la détente pétrolière. Une hausse surprise, comme l’envisage Citadel Securities, plongerait au contraire le métal jaune dans une nouvelle phase de tension. Jamais le verdict de la banque centrale n’aura semblé aussi indéchiffrable.
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