Le spécialiste australien de la lutte anti-drones traverse une période paradoxale. D’un côté, ses performances commerciales atteignent des sommets avec un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 121 %. De l’autre, la défiance des investisseurs ne faiblit pas, alimentée par des turbulences au sommet et une shortquote record de 12,87 %.
Des départs en cascade qui ébranlent la confiance
L’enquête de l’ASIC, le gendarme financier australien, concernant des ventes d’actions réalisées par des administrateurs et des dirigeants en novembre 2025 a provoqué un séisme. Le directeur général Oleg Vornik a jeté l’éponge le 8 avril 2026, suivi de près par le président du conseil Peter James. C’est désormais McLennan qui occupe le fauteuil de chairman, tandis qu’un premier strike contre le rapport de rémunération en mai est venu ajouter à la grogne des actionnaires. Un climat délétère qui contraste violemment avec la santé opérationnelle du groupe.
Un carnet de commandes qui explose, une trésorerie confortable
Sur le plan des affaires, DroneShield affiche une santé insolente. Au premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires a bondi de 121 % sur un an pour atteindre 74,1 millions de dollars australiens. Les encaissements clients ont grimpé de 360 % à 77,4 millions, tandis que les revenus récurrents SaaS ont progressé de 205 % à 5,1 millions. Le flux de trésorerie opérationnel s’est établi à 24,1 millions, et la réserve de liquidités culmine à 222,8 millions — sans la moindre dette.
Le groupe a également décroché un contrat de 24,9 millions de dollars avec le Pentagone, comprenant un volet initial de 19,3 millions et des options pour 5,6 millions supplémentaires étalées sur cinq ans. De quoi conforter l’ambition affichée par la direction d’atteindre un chiffre d’affaires annuel d’un milliard de dollars américains à moyen terme, dont plus de 30 % de revenus récurrents.
Une pipeline de 730 millions qui fait saliver, mais qui reste à concrétiser
Au-delà des contrats signés, c’est le potentiel futur qui retient l’attention. DroneShield a identifié pas moins de 13 deals potentiels d’un montant unitaire supérieur à 20 millions de dollars australiens. Le plus imposant d’entre eux pèse jusqu’à 730 millions de dollars australiens. Une mise à jour sur ces négociations est attendue au second semestre 2026.
Mais pour l’heure, il ne s’agit que de prospects, pas de commandes fermes. Le timing de leur transformation en contrats signés reste la grande inconnue qui pèse sur le titre. La composition du chiffre d’affaires actuel nourrit également les interrogations : en 2025, 91 % des revenus provenaient de la vente de matériel, contre seulement 5 % pour les abonnements. Et en mai, les revenus récurrents ne représentaient encore que 13 % des revenus déjà sécurisés pour 2026.
Le titre reste englué dans la tourmente boursière
Malgré ces fondamentaux solides, l’action ne décolle pas. Elle a clôturé à 1,35 euro mercredi, en hausse de 1,16 %, mais reste très loin de son sommet des 52 semaines à 3,65 euro atteint le 6 octobre 2025 — soit une chute de 63 %. Sur les trente derniers jours, le repli atteint 15 %. Le RSI à 14 jours, à 37,5, place le titre en zone proche de la survente.
La défiance se lit aussi dans les positions des vendeurs à découvert. Avec une shortquote de 12,87 % selon les données communiquées à l’ASIC pour la semaine close le 16 juillet 2026, DroneShield figure parmi les valeurs les plus court-circuitées d’Australie. Une tendance qui s’accentue de semaine en semaine.
La capitalisation boursière, malgré la dégringolade, reste conséquente à 1,23 milliard d’euros. De quoi offrir une marge de manœuvre à l’entreprise pour financer son expansion sans recourir à une augmentation de capital. Mais la clé du rebond réside désormais dans la capacité du nouveau chairman McLennan à restaurer la confiance des actionnaires, tandis que le marché guette avec impatience la transformation de ce gigantesque pipeline en commandes fermes.
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