L’action DroneShield évolue à 1,84 euro, soit une division par deux par rapport à son sommet sur un an et un repli de 16% en séance le jour où l’enquête de l’ASIC, le gendarme boursier australien, a été révélée. Pourtant, jamais le spécialiste de l’antidrone n’a affiché des indicateurs commerciaux aussi solides. Le contraste est saisissant : le titre paie au prix fort les soupçons qui entourent des ventes d’actions de ses dirigeants et la défiance des institutionnels.
Une enquête qui pèse lourd
L’Australian Securities and Investments Commission (ASIC) examine un épisode de novembre 2025. À cette époque, l’ancien directeur général Oleg Vornik, le président du conseil Peter James et le directeur Jethro Marks ont cédé pour près de 70 millions de dollars australiens de titres. Vornik a liquidé la totalité de sa participation pour 49,5 millions, James pour 12,3 millions, Marks pour 4,9 millions. Le même jour, le 10 novembre, DroneShield publiait puis retirait un communiqué sur un contrat de 7,6 millions de dollars avec le gouvernement américain, arguant qu’il s’agissait de commandes existantes réémises. L’ASIC vérifie si ces opérations respectent les règles de divulgation continue et d’interdiction des délits d’initiés. L’entreprise assure coopérer pleinement.
Cette épée de Damoclès réglementaire a fait fuir JP Morgan, qui a soldé sa position. L’action a perdu 18% sur le mois et se négocie environ 13% sous sa moyenne mobile à 50 jours. Sur un an, le titre affiche encore un gain de plus de 100%, mais il a presque fondu de moitié depuis le record d’octobre 2025 à 3,65 euros.
Des contrats américains qui dopent les comptes
Alors que le marché sanctionne, le carnet de commandes explose. DroneShield a annoncé deux contrats aux États-Unis : un premier de 13,8 millions de dollars pour sécuriser la frontière sud, passé par le département de la Sécurité intérieure ; un second, un accord-cadre IDIQ d’une valeur initiale de 19,3 millions de dollars, avec des options portant le total potentiel à 24,9 millions sur cinq ans. Au moins 10 millions de ce second contrat seront comptabilisés dans l’exercice 2026.
Le volume d’affaires déjà enregistré pour l’exercice 2026 atteint 161 millions de dollars australiens, en hausse de 61% par rapport à la même période l’an passé. La part récurrente des revenus a grimpé à 13% contre 7% au premier trimestre, signe d’une transition vers un modèle logiciel. Au premier trimestre, les encaissements clients ont bondi de 360% à 77,4 millions de dollars, et le chiffre d’affaires de 121%. L’entreprise est sans dette et dispose de 222,8 millions de dollars australiens de trésorerie. Elle assure également la protection aérienne de la Coupe du monde de football 2026.
Le bal des analystes : Jefferies prudent, Bell Potter confiant
Les opinions divergent sur la valeur. Jefferies a dégradé l’action à « underperform », réduisant son objectif de cours de 3,40 à 2,80 dollars australiens. Les analystes reprochent à la direction de moins détailler son pipeline commercial, rendant les prévisions plus aléatoires. Ils estiment que les revenus 2026-2028 pourraient être inférieurs d’environ 10% à leurs précédentes estimations.
À l’opposé, Bell Potter maintient un conseil d’achat et un objectif de 4,80 dollars australiens. Son argument : la liquidité abondante et la croissance des commandes compensent les risques de gouvernance. Car l’assemblée générale a elle aussi envoyé un signal négatif : le rapport de rémunération a été rejeté par 50,51% des voix, déclenchant un « premier avertissement » selon le droit australien. Si un second survient l’an prochain, une motion de révocation du conseil pourra être soumise.
Des mégaprojets en ligne de mire
DroneShield vise un chiffre d’affaires de 247,5 millions de dollars US pour l’exercice 2026. Son carnet de commandes atteint 154,8 millions de dollars australiens. Treize projets individuels d’au moins 20 millions chacun sont suivis, dont le plus gros – un potentiel de 730 millions – fera l’objet d’une mise à jour au second semestre. À plus long terme, l’objectif est d’atteindre le milliard de dollars de revenus d’ici 2030.
Le marché mondial de l’antidrone est estimé à 2,47 milliards de dollars cette année par Mordor Intelligence, avec une projection à 8,42 milliards dans cinq ans. Le rachat de D-Fend Solutions par Motorola Solutions pour 1,5 milliard – huit fois son chiffre d’affaires annuel – témoigne de l’appétit des acquéreurs stratégiques pour ce secteur.
Le RSI de l’action DroneShield s’établit à 39,5, proche du territoire de survente. Les résultats semestriels, attendus le 26 août, constitueront un test décisif : ils devront convaincre que la croissance opérationnelle peut à terme l’emporter sur les nuages réglementaires et institutionnels.
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