La sanction est tombée jeudi, et elle n’a rien d’anodin. Kepler Cheuvreux a retourné sa copie sur EssilorLuxottica, abandonnant sa recommandation d’achat pour un avis d’allègement, avec un objectif de cours ramené de 244 à 135 euros. Un coup de rabot de près de 45 % qui a immédiatement pesé sur la valorisation du géant franco-italien de l’optique.
Le titre a cédé 1,9 % pour terminer à 138,70 euros, après avoir touché vendredi un plancher de 138,00 euros sur douze mois. La nouvelle cible des analystes se situe désormais sous ce niveau de clôture, signe que le marché n’a pas fini d’intégrer le message.
Trois motifs de défiance
Pour justifier ce revirement, le bureau d’études avance un faisceau d’arguments convergents. Le potentiel des lunettes connectées, longtemps présenté comme le relais de croissance du groupe, s’essouffle. À cela s’ajoute un durcissement de la surveillance réglementaire sur la protection des données personnelles. Enfin, les analystes pointent les incertitudes persistantes autour de la gouvernance et de la holding familiale Del Vecchio.
Ces réserves touchent un pilier de la thèse d’investissement. Les montures enrichies de fonctions intelligentes portaient une part importante des espoirs de développement et justifiaient, par le passé, des primes de valorisation substantielles. Que les attentes se refroidissent au moment où les obstacles réglementaires se multiplient suffit à fragiliser cet édifice.
La gouvernance en première ligne
Le front interne n’arrange rien. Il y a environ trois semaines, Leonardo Maria Del Vecchio, fils du fondateur, a quitté ses fonctions de patron de Ray-Ban et de directeur de la stratégie après des désaccords sur l’orientation du groupe. Depuis cette démission, l’action a abandonné 13,8 %, un repli qui traduit les doutes du marché sur la cohésion des équipes dirigeantes.
Le conseil d’administration a voulu couper court aux spéculations. Il y a une semaine, il a réaffirmé à l’unanimité sa pleine confiance en Francesco Milleri, président et directeur général, ainsi qu’en Paul du Saillant, directeur général délégué, en saluant la solidité des résultats opérationnels. Le geste n’a pas suffi : depuis cette démonstration de soutien, le cours a encore perdu 6,3 %.
Le rachat d’actions comme filet de sécurité
Face à cette défiance, EssilorLuxottica actionne ses propres leviers. Fin août, le groupe a lancé un programme de rachat portant sur un maximum de 5 000 000 de titres, confié à un prestataire de services d’investissement. Objectif affiché : manifester la confiance de la société dans sa capacité à créer de la valeur sur le long terme. Les achats ont déjà commencé et peuvent, aux niveaux actuels, jouer le rôle d’amortisseur technique face aux pressions vendeuses.
L’innovation reste par ailleurs un argument à faire valoir. En août, la revue spécialisée JAMA Ophthalmology a publié les résultats à 24 mois d’une étude clinique américaine consacrée aux verres Stellest d’Essilor. Ce type de validation scientifique conforte la position du groupe sur le segment très rentable de la correction de la myopie.
Deux scénarios en tension
L’hypothèse favorable repose sur la solidité commerciale du groupe et sur l’efficacité de ses mesures de soutien. Si EssilorLuxottica parvient à convertir ses avancées technologiques en croissance organique accélérée, la récente vague de ventes pourrait s’apparenter à une exagération baissière, ouvrant la voie à un rattrapage vers les multiples d’antan.
Le scénario inverse s’accroche aux inquiétudes matérialisées par la cible de 135 euros. D’autres maisons de courtage pourraient emboîter le pas à Kepler Cheuvreux, avec à la clé un désengagement durable des investisseurs institutionnels. Le risque d’un coup de frein plus marqué que prévu sur la demande de lunettes et de lentilles, dans un secteur de biens de consommation déjà mal orienté, pèse également. Si les rachats d’actions ne parviennent pas à enrayer la glissade, l’instrument perd toute efficacité et le titre s’expose à une révision durable de ses multiples de chiffre d’affaires et de bénéfices.
Le palier des 138 euros sous surveillance
Tant que la zone des 138,00 euros tient, une stabilisation erratique demeure envisageable. Les opérateurs doivent toutefois intégrer la possibilité d’un test du seuil de 135 euros, que Kepler Cheuvreux présente comme la juste valeur du dossier. Une rupture franche de ce support ouvrirait la porte à un nouvel élan baissier.
Depuis le 1er janvier, la chute atteint 49 %. Le prochain juge de paix sera la publication des comptes trimestriels : les investisseurs y chercheront la confirmation chiffrée de la trajectoire de résultats martelée par la direction. D’ici là, le titre évoluera au gré des notes d’analystes et de l’avancement du programme de rachat, dans une phase de recherche de prix particulièrement délicate.
Publicité
Actions EssilorLuxottica: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de EssilorLuxottica et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de EssilorLuxottica entièrement gratuite : En savoir plus ici !

