Jensen Huang ne laisse planer aucun doute sur l’appétit mondial en puissance de calcul. Le patron de Nvidia a annoncé jeudi, selon les médias, que son groupe entendait écouler l’an prochain deux fois plus de puces qu’aujourd’hui. Une sortie qui prolonge celle du 10 septembre, quand il avait évoqué une progression annuelle du chiffre d’affaires de l’ordre de 70 %. Cette communication offensive intervient à un moment charnière : lundi, Reuters rapportait que des appels de grands dirigeants américains à ralentir le développement de l’IA avaient pesé sur les valeurs de semi-conducteurs, le titre Nvidia cédant alors 3,4 %.
Chez les investisseurs, ce genre de prise de parole fait forcément monter la tension, tant la valorisation du groupe repose sur des cycles d’investissement ininterrompus de la part des hyperscalers. La réponse de Huang est limpide : plutôt que de lever le pied, le groupe accélère. Doubler les unités livrées ne va pourtant pas de soi — il faut que la production suive et que les centres de données encaissent la consommation électrique induite.
Une alliance énergétique pour desserrer l’étau
Que Nvidia mesure cet obstacle, l’entreprise l’a illustré jeudi en formant avec Google et Emerald AI une coalition dédiée à la gestion flexible de l’énergie dans les centres de données d’IA. Nvidia s’attaque donc au problème d’infrastructure de front, au lieu de se reposer sur ses records.
En parallèle, le fondeur épaissit son fossé technologique au-delà du matériel. Toujours jeudi, il a enrichi sa plateforme CUDA-Q d’une couche logique, CUDA-Q Logical, dédiée au calcul quantique tolérant aux fautes. Le système Vera Rubin NVL72 a par ailleurs fait ses débuts dans les mesures MLPerf-Inference version 6.1. Cette cadence soutenue de lancements alimente l’optimisme des acheteurs — à ceci près que de la liquidité sort aussi par le haut de l’organigramme. La directrice financière Colette Kress a cédé jeudi 34 918 actions dans le cadre d’un plan de trading 10b5-1 arrêté à la mi-juin. La veille, le gendarme boursier américain indiquait que le Jen-Hsun & Lori Huang Living Trust avait donné 438 000 titres à des organismes caritatifs ; le trust conserve après ces mouvements plus de 467 millions de parts. Ces opérations sont planifiées et ne justifient aucune panique, mais rappellent que des gains sont concrétisés aux niveaux actuels.
Palantir, ou la mutation en architecte de plateformes
L’ambition ne s’arrête pas aux puces. Le 10 septembre, Nvidia a scellé une alliance avec Palantir Technologies, en combinant le logiciel d’IA souveraine de ce dernier avec ses propres modèles Nemotron afin de sécuriser d’abord ses chaînes d’approvisionnement critiques. Le fournisseur de matériel se mue ainsi en architecte de systèmes d’exploitation stratégiques. La démarche vise précisément les points névralgiques qui préoccupent les groupes technologiques : tensions géopolitiques et chaînes de fabrication fragiles exigent une intelligence opérationnelle hautement protégée. L’application en interne fait office à la fois de test grandeur réelle et de vitrine. S’y ajoute, dès le 9 septembre, un autre mouvement : la création conjointe d’une pile d’IA opérationnelle destinée aux entreprises et aux administrations, qui vise directement les architectures logicielles et de plateforme à forte marge.
Ce déploiement s’appuie sur des résultats solides. Il y a trois semaines environ, le groupe a publié pour le deuxième trimestre de l’exercice 2027 un chiffre d’affaires de 96,2 milliards de dollars et une marge brute de 75,0 %. En parallèle, la plateforme Vera Rubin monte en production chez des partenaires comme Google Cloud, Microsoft Azure et Oracle Cloud Infrastructure. Nvidia crée ainsi des dépendances qui dépassent largement l’achat d’un processeur.
Rendement du capital et valorisation exigeante
Côté restitutions, le rythme reste soutenu. Sur le seul deuxième trimestre, environ 26,0 milliards de dollars sont revenus aux actionnaires via rachats d’actions et dividendes ordinaires, tandis que l’autorisation de rachat disponible s’élève encore à 99,0 milliards de dollars. Le 1er octobre, la prochaine dividende trimestrielle de 0,25 dollar par action sera versée. Ces réserves offrent au management une marge de manœuvre considérable.
Les investisseurs saluent cette solidité, même si le niveau de valorisation demeure exigeant. À 193,10 euros en clôture vendredi dernier, le titre affiche une hausse de 20 % depuis le début de l’année. Du côté des analystes, le soutien ne faiblit pas : Piper Sandler a initié sa couverture le 10 septembre avec une recommandation « Overweight » et un objectif de cours de 300 dollars. Le marché, lui, a terminé la semaine sur une note positive, l’action gagnant 1,1 % vendredi à 193,10 euros, à seulement 4,6 % de son plus haut sur 52 semaines de 202,50 euros.
Reste que les risques ne doivent pas être gommés. Il y a trois semaines, la direction a annoncé viser 108,0 milliards de dollars de recettes au troisième trimestre — sous la condition expresse qu’aucun revenu de centres de données en provenance de Chine ne soit comptabilisé. Ce renoncement témoigne d’une force opérationnelle certaine, mais expose aussi les limites géopolitiques de la croissance. Les prochains résultats trimestriels, fixés au mardi 17 novembre, diront si la transformation en colonne vertébrale des processus industriels modernes tient ses promesses. Pour l’heure, les arguments des optimistes l’emportent : qui veut vendre deux fois plus d’unités l’an prochain doit disposer d’un carnet de commandes colossal. Les obstacles ne sont pas du côté de la demande, mais des contraintes logistiques et énergétiques des clients. Si Nvidia franchit ces paliers avec ses partenaires, le repli de début de semaine n’aura été qu’une courte respiration.
Publicité
Actions Nvidia: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Nvidia et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Nvidia entièrement gratuite : En savoir plus ici !

