L’action Eutelsat a connu vendredi son plus violent décrochage depuis des mois, perdant 11,71 % pour clôturer à 3,95 euros. La correction survient au lendemain d’un pic à 4,47 euros, son plus haut niveau depuis plus d’un an. Paradoxalement, le titre affiche encore une progression de 46,60 % sur un mois et de 120,73 % depuis le 1er janvier. Mais ce trou d’air rappelle que la fête boursière avait des allures de bulle.
Le déclencheur du récent emballement est connu : SpaceX a déposé son prospectus d’introduction en Bourse, prévue le 12 juin 2026 à la Nasdaq, pour une valorisation colossale estimée entre 1,75 et 2 billions de dollars. Cet événement a propulsé tout le secteur spatial européen. Le 21 mai, Eutelsat bondissait de 10 %, suivi d’une deuxième vague le 26 mai avec un gain de 20 % supplémentaire. OHB et SES ont aussi profité du mouvement, mais dans des proportions moindres.
Les opérateurs voyaient dans Eutelsat un véhicule d’exposition au thème des satellites en orbite basse (LEO), grâce à sa fusion avec OneWeb. L’argument tenait : si SpaceX devient un géant coté, les investisseurs institutionnels pourraient réévaluer l’ensemble du secteur, y compris les européens jugés sous-évalués. Stéphane Beyazian, analyste chez ODDO BHF, résumait ainsi la logique : « Certains investisseurs cherchent une exposition au segment et espèrent une revalorisation des acteurs européens. »
Des fondamentaux qui tiennent, mais ne suffisent pas
Eutelsat n’est pas qu’une coquille spéculative. Les résultats du troisième trimestre 2026, publiés le 12 mai, font état d’un chiffre d’affaires de 293 millions d’euros, en hausse de 3,1 % sur un an. Le pôle connectivité, tiré par les solutions LEO, a bondi de 65 %. Surtout, le carnet de commandes atteint 3,4 milliards d’euros, soit 2,8 années de revenus garantis, dont 58 % déjà issus de la connectivité. L’entreprise a par ailleurs bouclé une vaste restructuration financière : émission d’une obligation senior de 1,5 milliard d’euros dans le cadre d’un programme de 5 milliards, et augmentation de capital de 670 millions d’euros. De quoi financer sereinement le plan d’investissement à moyen terme.
Mais le revers de la médaille tient au déclin des activités vidéo, en baisse de 13,3 % sur la période. Sanctions et résiliations de contrats pèsent structurellement, et aucune fièvre boursière n’efface ce handicap.
Surchauffe technique et défiance des analystes
Avant le coup de frein, le RSI sur 14 jours avait atteint 83, un niveau nettement suracheté. Après la chute, l’indicateur est tombé à 21,2, signalant un excès inverse. La volatilité annualisée sur un mois frôle les 97 %. En une seule séance, 11 millions de titres ont changé de main, dans une fourchette de 3,73 à 4,44 euros — ampleur qui illustre la nervosité des positionnements court terme.
Le plus frappant reste le contraste avec le jugement des professionnels. Aucun analyste ne recommande l’achat d’Eutelsat. Le cours moyen cible s’établit à 2,49 euros, soit 37 % en dessous du cours actuel. Eric Sterner, directeur des investissements chez Apollon Wealth Management, met en garde : nombre de ces sociétés sont non rentables et leurs valorisations déjà ambitieuses.
À court terme, le support technique se situe à 3,83 euros, tandis que la résistance est à 4,21 euros. Le prochain rendez-vous majeur est fixé au 7 août 2026, avec la publication des résultats annuels. D’ici là, chaque rumeur autour de l’entrée en Bourse de SpaceX continuera d’ébranler le titre. Mais pour les investisseurs qui misent sur une reprise durable, il faudra plus que de l’euphorie : des preuves de rentabilité et une adhésion des analystes.
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