Difficile de suivre le rythme d’Eutelsat à Paris. L’action de l’opérateur satellite a bondi de 155 % depuis le 1er janvier et inscrit jeudi un nouveau plus haut sur 52 semaines à 4,57 €, soit un gain de 6,46 % sur une seule séance. Pourtant, les indicateurs techniques envoient des messages contradictoires : selon la date de référence, le RSI oscillait entre 21 (territoire survendu) et 84 (zone surachetée). Cette volatilité extrême – annualisée à 89 % – illustre l’ampleur des mouvements qui agitent le titre.
Mais la fusée boursière ne repose pas sur du vide. Les résultats du troisième trimestre de l’exercice 2025/26, publiés début mai, confirment une transformation profonde du modèle. Le chiffre d’affaires total a atteint 293,0 millions d’euros, en léger recul nominal mais en croissance organique de 3,1 %. Le moteur de cette progression est sans équivoque : le segment LEO (orbite basse) a généré 62,2 millions d’euros, soit un bond organique de 65 % par rapport à l’an dernier. Les services gouvernementaux ont avancé de 11,8 % et la connectivité mobile de 27,0 %, portée notamment par des solutions déployées en Ukraine.
En face, le métier historique de la vidéo continue de se contracter : 128,0 millions d’euros au troisième trimestre, en repli organique de 13,3 %, sous l’effet des sanctions contre les diffuseurs russes et de l’expiration de contrats de capacité. Le management a confirmé ses objectifs annuels : une croissance de 50 % pour le LEO sur l’exercice en cours et un ratio d’endettement net à 2,7 fois l’EBITDA ajusté d’ici la fin de l’année. À plus long terme, la direction vise un chiffre d’affaires opérationnel compris entre 1,5 et 1,7 milliard d’euros à l’horizon 2028/29, avec une marge d’EBITDA d’au moins 65 %. L’investissement brut est attendu autour de 900 millions d’euros cette année.
Sur le plan des flux d’actualité, Eutelsat a récemment signé un contrat de cinq ans avec Anuvu pour des capacités sur le satellite Eutelsat 10B. Parallèlement, les positions courtes se sont effondrées : le nombre d’actions détenues en position vendeuse a chuté de 85,5 % en première quinzaine de mai, passant de 688 à seulement 100 titres au 15 mai. Ce désarmement des baissiers témoigne de la confiance croissante dans la trajectoire du groupe.
Les indicateurs techniques, eux, racontent une histoire plus nuancée. Après avoir franchi la résistance des 4,28 €, le titre s’est envolé de 93 % sur trois mois et de près de 21 % sur une semaine. L’écart au-dessus de la moyenne mobile à 50 jours atteint 68 %, et 72 % au-dessus de la moyenne à 200 jours. Le RSI à 84 signale une surchauffe classique, tandis que les 21 points relevés précédemment suggèrent une instabilité des mesures entre deux pics de volatilité. Du côté américain, l’OTC (code EUTLF) a touché un plus haut à 4,99 $ avant de clôturer à 4,90 $ sur un volume modeste de 7 480 titres.
Le prochain test majeur interviendra le 7 août 2026, lors de la publication des résultats annuels. Le marché jugera alors si la croissance du LEO compense durablement l’érosion de la vidéo, et si la valorisation actuelle – multipliée par plus de deux en cinq mois – repose sur des bases solides ou sur un emballement technique.
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