Eutelsat traverse une séquence contrastée. D’un côté, le carnet de commandes atteint des sommets et les signatures de contrats se succèdent ; de l’autre, la croissance du chiffre d’affaires se fait toujours attendre. Pour les investisseurs, l’équation tient dans une question simple : à quel moment la solidité commerciale se traduira-t-elle dans les comptes ?
Sur le front des contrats, le dossier le plus récent concerne Qatar Media Corporation. Le 26 octobre, le groupe a reconduit pour plusieurs années son accord de distribution portant sur les services de télévision au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, diffusés via EUTELSAT 7 West A. Un client existant qui poursuit l’aventure : le signal est favorable, à condition que les revenus générés soient à la hauteur de la durée d’engagement.
Quelques jours plus tôt, le 20 octobre, c’était EuroSkyPark qui élargissait son dispositif. L’accord de capacité, qui s’appuie sur EUTELSAT 10B, doit accompagner les sous-stations terrestres d’Amprion ainsi que les infrastructures implantées en mer du Nord. Au-delà de la télévision, Eutelsat peut donc faire valoir une référence concrète dans le domaine de l’énergie. Deux logiques de fidélisation différentes — la reconduction d’un côté, l’extension de l’autre — qui dessinent une base commerciale plus large, pour peu que chaque application trouve sa rentabilité.
Le LEO tire, le reste freine
Le tableau d’ensemble reste toutefois plus nuancé. Sur le premier trimestre de l’exercice 2026-27, le chiffre d’affaires consolidé s’est établi à 286,0 millions d’euros, en baisse de 2,4 pour cent en données publiées. Les quatre secteurs opérationnels ont dégagé 278,3 millions d’euros, là où les analystes tablaient en moyenne sur 291 millions. À périmètre comparable, le repli ressort à 0,9 pour cent.
Les performances divergent fortement selon les métiers. L’activité liée aux satellites en orbite basse poursuit son envolée, avec une progression de 30,1 pour cent à 70,9 millions d’euros. La vidéo, en revanche, décroche : d’après les informations de presse, ses revenus ont chuté de 17,8 pour cent, à 110 millions d’euros. Voilà qui explique en grande partie la déception des marchés.
La direction n’a pas pour autant revu ses ambitions à la baisse. Les objectifs financiers fixés pour les exercices 2026-27 et 2028-29 ont été confirmés en l’état. Un geste interprété comme un signe de confiance dans la trajectoire, même si le prochain trimestre servira de juge de paix.
Un carnet qui donne de la perspective
Ce qui change la donne, c’est l’épaisseur du carnet de commandes. À la date de publication des résultats, il s’élevait à 12,1 milliards d’euros, selon Reuters. La part liée à IRIS² représente à elle seule 8,9 milliards, à mesure que le programme entre en phase de construction. Eutelsat anticipe en outre plus de dix milliards d’euros de revenus de services sur la période 2032-2040.
Cette réserve de travail constitue un matelas appréciable, mais elle ne vaut que par son exécution. Un carnet bien garni ne rémunère les actionnaires qu’au fil de sa transformation en chiffre d’affaires. C’est précisément là que le bât blesse pour l’instant.
OneWeb s’illustre dans le ciel finlandais
L’actualité récente offre pourtant un motif de satisfaction sur le front du LEO. SES a retenu, selon des informations de presse relayées lundi, la capacité OneWeb d’Eutelsat pour un service de connectivité multi-orbites destiné à Finnair. Le contrat porte sur 18 appareils Embraer E195-E2, le premier avion équipé devant entrer en service en 2027. La capacité en orbite basse d’Eutelsat s’invite ainsi à bord d’une compagnie supplémentaire, un débouché concret pour son offre.
Le revers de la médaille est venu des analystes. Deutsche Bank Research a ramené le 26 octobre son objectif de cours de 2,40 à 2,10 euros, tout en maintenant sa recommandation à « conserver ». Un ajustement qui traduit les réserves du marché sur la vitesse de redressement des revenus.
Les prochains rendez-vous s’annoncent donc scrutés de près. L’assemblée générale combinée d’Eutelsat est programmée pour le 26 novembre 2026. D’ici là, la question reste entière : la dynamique du LEO et la richesse du carnet finiront-elles par imprimer leur marque sur l’ensemble du groupe ? C’est à cette aune que se mesurera la qualité des prochaines annonces contractuelles.
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