À 4 015,70 dollars l’once, le métal jaune vacille. Alors que le conflit entre Washington et Téhéran s’envenime et propulse le brut vers des sommets, l’or — censé incarner la valeur refuge par excellence — continue de perdre du terrain. Le paradoxe n’en est pas un : la flambée du pétrole ravive les craintes inflationnistes, lesquelles renforcent les attentes d’un tour de vis monétaire de la Réserve fédérale. Et dans ce jeu de vases communicants, l’or fait les frais d’une logique implacable.
L’escalade iranienne enflamme les prix du brut
Les frappes américaines contre des cibles iraniennes se sont intensifiées ces derniers jours. Le 20 juillet, les États-Unis ont poursuivi leurs bombardements après la mort d’un troisième soldat américain, portant à dix le nombre de nuits consécutives d’opérations. L’objectif affiché : rouvrir le détroit d’Ormuz, voie stratégique pour le transport pétrolier, que l’Iran a bloqué en arraisonnant plusieurs navires. Téhéran, de son côté, a tiré des roquettes ayant notamment touché la Jordanie, et estime que la trêve avec les États-Unis est désormais caduque.
Le résultat ne s’est pas fait attendre : le baril de Brent a grimpé au-dessus de 90 dollars lundi, un plus haut d’un mois. Les prix du pétrole ont bondi d’environ 30 % depuis leurs plus bas de juillet. L’administration américaine, par la voix du secrétaire d’État Rubio, se dit « toujours ouverte à la diplomatie », mais conditionne toute négociation à la réouverture du détroit. Cette incertitude alimente la nervosité des marchés.
La Fed resserre l’étau
En temps normal, une telle poussée géopolitique profiterait à l’or. Mais cette fois, le métal jaune subit un effet de ciseau : la hausse du pétrole nourrit les anticipations d’inflation, ce qui renforce le camp des « faucons » au sein de la Fed. Plusieurs dirigeants se sont succédé pour marteler le même message. Beth Hammack, présidente de la Fed de Cleveland, a mis en garde vendredi contre une inflation persistante. Lorie Logan (Dallas) a réclamé un nouveau relèvement des taux. Philip Jefferson, vice-président de la Fed, a promis un durcissement si l’inflation ne ralentit pas rapidement.
Les marchés ont intégré le message : la probabilité d’une hausse des taux en septembre est passée de 47 % à 53 % en une seule séance. Or, des taux plus élevés réduisent l’attrait de l’or, actif non rémunéré. Comme le résume Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, « l’or reste négativement corrélé au pétrole, car les investisseurs interprètent la hausse du brut comme un signal de durcissement monétaire ». La prochaine réunion du FOMC, les 28 et 29 juillet, sera donc scrutée de près.
La barre des 4 000 dollars en ligne de mire
Lundi, l’once a clôturé à 4 015,70 dollars, juste au-dessus du seuil psychologique des 4 000 dollars. Sur un mois, le recul atteint 3,77 %. L’écart avec le plus bas sur 52 semaines (3 901,30 dollars) n’est plus que de 2,93 %. L’indice de force relative (RSI) s’établit à 40,2, signalant une dynamique atone, sans pour autant basculer en zone de survente. Une rupture durable sous les 4 000 dollars pourrait accélérer la correction, préviennent certains analystes.
La pression vient aussi de certaines banques centrales. HSBC a abaissé son objectif de cours pour l’or en 2026, invoquant la combinaison Fed restrictive et tensions géopolitiques. Par ailleurs, des institutions de pays émergents sont contraintes de puiser dans leurs réserves pour soutenir leur monnaie : la banque centrale turque a ainsi écoulé 127 tonnes d’or en mars afin d’endiguer la chute de la lire et d’obtenir des liquidités en dollars.
Deux variables pour les prochains jours
Sans publication majeure de conjoncture américaine cette semaine, les regards se tourneront vers deux facteurs : l’évolution du conflit au Moyen-Orient et les déclarations des responsables de la Fed. Une accalmie diplomatique ou des signaux moins belliqueux de la part des banquiers centraux pourraient offrir un répit à l’or. Mais si l’étau géopolitique se resserre et que les faucons continuent de dominer, le métal jaune risque de tester, et peut-être de franchir à la baisse, le seuil des 4 000 dollars.
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