Le seuil des 4.000 US dollars n’a pas seulement cédé : il est devenu, en quelques séances, le point de cristallisation d’un marché tiraillé entre stress géopolitique, résistance macroéconomique et achats d’opportunité. Jeudi, l’once a d’abord glissé à 4.007 US dollars selon finanzen.net, puis à 4.003 US dollars d’après finanzen.at, avant de tomber à 3.995,40 US dollars, soit un repli de 1,76 % sur la séance. À New York, la clôture mentionnée dans les données ressort à 3.992 US dollars, sous une barre psychologique désormais franchie à la baisse.
L’origine du mouvement ne se limite pas à la seule flambée du brut. La crise autour du détroit d’Ormuz a rebattu les cartes sur les marchés énergétiques, après la mise en place d’un blocus maritime et des frappes américaines sur des objectifs stratégiques, dont le centre d’exportation de l’île de Kharg. Le Brent a réagi en s’élevant au-delà de 86 dollars le baril et, selon finanzen.at, jusqu’à un pic mensuel de 85,12 US dollars avant de refluer légèrement avec des prises de bénéfices et de nouveaux raids américains contre l’Iran. Le trafic maritime dans la zone aurait, d’après OilPrice.com et finanzen.at, chuté de 130 à seulement six navires par jour. Fatih Birol, directeur général de l’AIE, a averti que l’économie mondiale ne disposait plus que de quelques semaines pour éviter un choc économique sérieux.
Paradoxalement, cette tension n’a pas dopé l’or comme on aurait pu l’attendre. La logique refuge a été contrebalancée par la crainte que la hausse de l’énergie entretienne l’inflation américaine et pousse la Réserve fédérale à maintenir ses taux élevés plus longtemps. Le rendement du Treasury à dix ans reste autour de 4,58 %, ce qui alourdit le coût d’opportunité d’un actif sans coupon. Les données de juin sur l’inflation américaine ont certes surpris par leur modération, avec un taux annuel tombé à 3,5 % et une baisse mensuelle de 0,4 %, mais l’effet a été de courte durée.
D’autres statistiques conjoncturelles ont ensuite pesé plus lourd. L’indice Philly Fed de juillet a bondi à 41,4 points, contre 10,3 le mois précédent et bien au-dessus du consensus de 13,0, son meilleur niveau depuis novembre 2021. Les ventes de détail américaines ont progressé de 0,2 % en juin, comme prévu, tandis que les inscriptions hebdomadaires au chômage ont atteint 208.000, sous l’attente de 217.000. Dans le même temps, les anticipations d’une hausse de taux de la Fed en juillet sont tombées à environ 10 %, contre environ 40 % auparavant. Même une production à la sortie des usines moins forte qu’escompté en juin, à -0,3 %, n’a pas suffi à remettre l’once sur une trajectoire ascendante, d’autant que Kevin Warsh n’a pas jugé utile de déclarer l’inflation déjà vaincue.
Sur le terrain des flux, le recul des particuliers contraste avec l’attitude des investisseurs institutionnels. Le SPDR Gold Shares (GLD), plus gros ETF adossé à l’or au monde, a enregistré des entrées nettes d’environ 290,91 millions de dollars. Ses réserves physiques n’ont que marginalement diminué, à 1.001,88 tonnes. Parallèlement, les positions nettes longues sur le marché à terme ont augmenté, signe que les gérants les plus aguerris continuent de mettre à profit la faiblesse du prix. Le RSI, mesuré à 37,6 puis 37,8 selon les sources, traduit une zone de marché affaiblie, sans basculer dans un scénario d’euphorie vendeuse.
Les banques centrales restent, elles aussi, un soutien de fond. La PBOC a encore accru ses réserves d’or en juin afin de réduire sa dépendance au dollar, tandis que l’enquête annuelle Central Bank Gold Reserves Survey fait ressortir un record : environ 45 % des banques centrales interrogées envisagent d’augmenter leurs avoirs au cours des douze prochains mois, le niveau le plus élevé depuis le lancement de l’étude en 2018. Cette toile de fond aide à expliquer pourquoi les grands investisseurs ne tournent pas le dos au métal jaune malgré la volatilité récente.
Sur le plan technique, la zone des 3.900 US dollars reste la ligne de faille la plus surveillée. Le plus bas sur 52 semaines, fixé à 3.901,30 US dollars le 28 octobre 2025, n’est plus qu’à 2,32 % du niveau de 3.992 US dollars mentionné dans les données de clôture, ou à 2,41 % du cours de 3.995,40 US dollars observé en temps réel. Si ce socle tient, des résistances entre 4.030 et 4.080 US dollars, puis 4.200 et 4.400 US dollars selon certaines maisons, peuvent reprendre de l’importance.
Les projections des stratégistes restent très dispersées. J.P. Morgan maintient de son côté un objectif de 6.000 US dollars d’ici 2027, mais a aussi réduit son scénario 2026 : la cible a été ramenée d’environ 6.300 à environ 4.500 US dollars en fin d’année, puis son objectif 2026 a été abaissé d’environ 8 % à autour de 4.400 US dollars, tandis que la prévision 2027 a été diminuée de 15 % à environ 4.300 US dollars. Bank of America a pour sa part réduit de 14 % sa moyenne anticipée pour 2026 à 4.360 US dollars, tout en jugeant possible un retour à 6.000 US dollars en 2027. Paul Ciana, de Bank of America, continue de voir un potentiel d’achat sous 4.000 US dollars, avec des zones de renforcement entre 3.700 et 3.600 US dollars, puis entre 3.450 et 3.250 US dollars, même s’il évoque une possible phase d’extension baissière vers 3.600 US dollars. RHB Research reste plus prudent et vise 3.700 US dollars, avec des résistances à 4.200 et 4.400 US dollars. Goldman Sachs, enfin, conserve une cible de fin d’année à 4.900 US dollars.
Dans ce paysage, J.P. Morgan estime aussi que les actions minières aurifères européennes, qui ont perdu entre 35 et 45 % depuis le début du conflit Iran–États-Unis, offrent désormais un point d’entrée, citant AngloGold Ashanti et Fresnillo parmi ses préférées. L’once, elle, reste prise entre des achats de long terme bien réels et un marché de court terme encore dominé par les tensions sur les taux et l’énergie.
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