Pour la première fois depuis 2017, LVMH ne figure plus parmi les dix entreprises cotées les plus valorisées d’Europe. C’est Bloomberg qui a révélé l’information mardi : l’érosion continue de sa valorisation boursière a fait sortir le géant français du cercle très fermé des poids lourds du Vieux Continent. En début de séance, le titre s’échangeait à 406,45 euros, portant son repli depuis le 1er janvier à 36 %. Quelques heures plus tôt, Reuters avait rapporté un autre basculement symbolique : L’Oréal a dépassé LVMH au rang de première capitalisation de la place parisienne.
Cette double rétrogradation marque une césure pour un groupe qui, pendant des années, a régné sans partage sur les marchés actions européens. Elle traduit surtout le vent contraire qui souffle sur l’ensemble du secteur du luxe.
Un enchaînement de signaux défavorables
La défiance s’est installée par étapes. Il y a environ un mois, l’annonce d’un recul des ventes en Chine a refroidi l’enthousiasme des investisseurs. Trois semaines plus tard, la nomination d’un nouveau directeur des opérations pour la division Beauté est venue souligner les ajustements stratégiques opérés dans ce segment. Le climat est resté tendu dans le prêt-à-porter et la maroquinerie.
La pression est également venue des analystes. Le 9 septembre, HSBC a abaissé sa recommandation sur le dossier, passant de « Buy » à « Hold », tout en ramenant son objectif de cours de 600 à 490 euros. La banque britannique invoque des difficultés à court terme dans le segment du luxe souple, ainsi qu’une visibilité limitée pour le second semestre 2026. Elle pointe aussi des comparaisons annuelles exigeantes qui pèsent sur l’ensemble du secteur. Selon Bloomberg, qui cite HSBC, la seconde moitié de l’année s’annonce difficile pour toute l’industrie européenne du luxe, Burberry figurant parmi les autres acteurs exposés à un net ralentissement.
Des fondamentaux solides mais un horizon flou
Les comptes du premier semestre 2026 offrent pourtant un tableau contrasté. Le chiffre d’affaires s’est établi à 38,6 milliards d’euros, en progression organique de 2 %. Le résultat opérationnel des activités récurrentes a atteint 8,7 milliards d’euros, soit une marge opérationnelle de 22,5 %. Le bénéfice net, lui, est resté stable à 5,7 milliards d’euros par rapport à l’an dernier.
En parallèle, le groupe poursuit l’animation de ses marques. Le 4 septembre, la Fondation Louis Vuitton a accueilli la finale de la 13e édition du prix LVMH. Julie Kegels en est sortie grande gagnante, tandis que le prix Karl Lagerfeld revenait à Lii et le prix du savoir-faire à Yoshita 1967.
Le calendrier de fin d’année comme prochain juge de paix
Plusieurs échéances jalonnent les prochains mois. Du 16 au 18 octobre, la sixième édition des « Journées Particulières » ouvrira au public 69 sites répartis dans douze pays. Le 20 octobre, LVMH publiera ses résultats trimestriels. Enfin, un acompte sur dividende de 5,50 euros par action a été annoncé, avec un versement prévu le 3 décembre.
Reste la question qui taraude les investisseurs : la résistance du portefeuille de marques suffira-t-elle à absorber la moindre visibilité du second semestre 2026, ou les comparaisons défavorables imposeront-elles de nouveaux ajustements ? La réponse déterminera si la décote actuelle relève d’un passage à vide temporaire ou d’une entrée dans une phase de croissance durablement ralentie.
Dans l’hypothèse d’une stabilisation progressive de la demande, la consolidation actuelle pourrait servir de socle. La diversité géographique et sectorielle du groupe constitue un amortisseur face aux à-coups régionaux. Le fort recul du cours depuis janvier apparaîtrait alors comme une réaction excessive, et le retour d’une meilleure visibilité permettrait de nouveau de valoriser le pouvoir de fixation des prix du leader mondial.
À l’inverse, une langueur persistante du secteur assombrirait l’équation. Si les traces de freinage observées après le repli chinois s’accentuent, les comparaisons exigeantes deviendraient un véritable test de résistance, mettant sous pression non seulement les revenus mais aussi les marges opérationnelles. Tant que le cours se maintient au-dessus de ses plus récents points bas et que les nouvelles sectorielles se stabilisent, un scénario de plancher reste envisageable. Mais un nouvel affaissement de la demande au second semestre, conjugué à des effets de base défavorables, prolongerait la tendance baissière. Les prochaines publications semestrielles diront si le marché a suffisamment intégré le ralentissement ou si une réévaluation des perspectives s’impose.
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