La journée de jeudi restera gravée dans les mémoires des investisseurs du secteur des semi-conducteurs. Sans avoir publié le moindre chiffre, Micron Technology s’est retrouvé au cœur d’une onde de choc partie des bancs d’essai de ses concurrents directs. Le titre a cédé jusqu’à 6 % dans les échanges américains, touchant 844 dollars, avant de clôturer la séance européenne à 765,00 euros, en repli de 1,67 %. Depuis son sommet sur 52 semaines, l’action accuse désormais un recul de 30,69 % — une correction d’autant plus spectaculaire qu’elle intervient après une multiplication par plusieurs du cours sur les douze derniers mois.
La guidance de SanDisk sème le trouble
Tout est parti de SanDisk. Le concurrent a beau avoir livré des résultats solides — 8,97 milliards de dollars de chiffre d’affaires au quatrième trimestre fiscal, en hausse de 372 % sur un an, pour un bénéfice non-GAAP de 39,25 dollars par action —, c’est sa prévision qui a mis le feu aux poudres. Pour le trimestre en cours, le groupe table sur des revenus de 10,3 à 10,8 milliards de dollars, un point médian inférieur au consensus de 10,8 milliards. Western Digital, qui a pourtant vu ses ventes progresser de 44 % à 3,747 milliards de dollars, a essuyé une dégringolade de 19,1 %, tandis que SanDisk lâchait 11 %. L’indice Philadelphia Semiconductor a plongé d’environ 20 %, basculant techniquement en marché baissier. En Asie, la contagion a été encore plus brutale : SK Hynix a chuté de plus de 10 %, Samsung de 6,3 %, Kioxia de plus de 10 % également.
La question qui fâche : les prix ou les volumes ?
Le véritable sujet d’inquiétude ne réside pas dans les chiffres eux-mêmes, mais dans leur composition. La direction de SanDisk a en effet révélé que près des deux tiers de sa croissance récente provenaient de hausses de prix plutôt que d’une augmentation des volumes expédiés. Une révélation qui vaut aussi pour Micron, dont la trajectoire repose largement sur la même dynamique tarifaire. Si les prix ont été le moteur principal de cette expansion fulgurante, que se passera-t-il lorsque l’offre se détendra ou que la demande fléchira ? C’est tout l’enjeu des prochains trimestres : Micron devra démontrer que sa croissance tient sur des volumes, pas seulement sur des étiquettes de prix gonflées.
Des fondamentaux insolents, une valorisation dérisoire
Le paradoxe est saisissant. Au troisième trimestre fiscal 2026, clos fin mai, Micron a enregistré un chiffre d’affaires record de 41,4 milliards de dollars, en hausse de 346 % sur un an, pour un bénéfice par action de 24,67 dollars. Pour le trimestre en cours, la direction vise jusqu’à 50 milliards de dollars de revenus et un bénéfice par action potentiel de 30,73 dollars. Le management assure par ailleurs que la demande dépassera l’offre au moins jusqu’en 2028. Mieux : selon un rapport récent, Samsung, SK Hynix et Micron auraient déjà vendu l’intégralité de leur capacité de production 2027 aux acteurs de l’intelligence artificielle.
Dans ce contexte, la valorisation paraît presque irréelle : le titre se négocie à un ratio cours/bénéfice prévisionnel de 4,8 seulement, tandis que l’objectif de cours le plus élevé du marché atteint 2.200 dollars — un potentiel de hausse théorique supérieur à 150 %. Les analystes s’activent d’ailleurs : Bank of America a inscrit Micron sur sa liste US-1 le 4 août, Arete a relevé son objectif de 852 à 1.500 dollars le 3 août, et d’autres établissements ont emboîté le pas. Goldman Sachs, lui, recommande explicitement d’acheter les concurrents Samsung et SK Hynix, qui ont perdu respectivement 27 % et 36 % en un mois.
Les nuages s’accumulent à l’horizon
Reste que les signaux négatifs ne manquent pas. En juillet, ChangXin Memory Technologies (CXMT), le concurrent chinois, a fait son entrée en Bourse avec des prix nettement plus agressifs, un facteur explicitement identifié comme une menace pour Micron. La pression pourrait aussi venir d’Apple : le Wall Street Journal rapporte que Micron fait pression contre les velléités du géant californien d’utiliser des puces mémoire chinoises. Le 21 août marquera d’ailleurs l’échéance fixée par des sénateurs américains pour qu’Apple renonce aux composants de CXMT et YMTC.
Les ventes d’initiés ajoutent au malaise. Le PDG Sanjay Mehrotra a cédé pour près de 29 millions de dollars d’actions le 24 juillet, après qu’un autre initié a vendu environ 43,4 millions de dollars en 18 transactions début juillet, dont une opération atteignant 4,7 fois le volume habituel. Sans constituer une preuve de difficultés fondamentales, ces mouvements contrastent avec une volatilité annualisée sur 30 jours dépassant les 100 %.
Les craintes macroéconomiques complètent le tableau. Torsten Slok, chef économiste chez Apollo, avertit que les investissements des hyperscalers dans l’intelligence artificielle pourraient atteindre 3 % du PIB américain d’ici 2029, soit une croissance presque deux fois plus rapide que celle du boom immobilier — avec un risque d’essoufflement tout aussi rapide.
Rendez-vous le 29 septembre
Le titre évolue actuellement autour de 774,60 euros en Allemagne, en baisse de 0,44 %, à près de 30 % de son sommet historique de 1.103,80 euros atteint fin juin. Sur les trente derniers jours, la chute cumulée atteint 5,80 %. Le prochain test décisif interviendra le 29 septembre, lorsque Micron publiera ses résultats du quatrième trimestre fiscal après la clôture de Wall Street. Le marché vérifiera alors si la promesse de 50 milliards de dollars de chiffre d’affaires a été tenue — et surtout si les volumes, et non les seuls prix, ont porté cette performance. D’ici là, la mémoire du secteur reste vive, et les nerfs des investisseurs à vif.
Publicité
Actions Micron Technology: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Micron Technology et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Micron Technology entièrement gratuite : En savoir plus ici !

