Le géant américain des semi-conducteurs multiplie les annonces stratégiques, mais la Bourse, elle, reste sur ses gardes. Alors que Nvidia vient d’investir 5 milliards de dollars dans Safe Superintelligence Inc. (SSI), le laboratoire de recherche fondé par l’ancien scientifique en chef d’OpenAI Ilya Sutskever, et de sceller une alliance colossale de plus de 500 milliards de dollars avec le conglomérat sud-coréen SK Group, le titre peine à convaincre. À 173,24 euros, l’action se trouve quasiment à l’équilibre sur sa moyenne mobile à 100 jours (173,48 euros), un niveau technique qui fait office de test décisif pour la tendance de fond.
Une offensive tous azimuts sur la recherche et l’infrastructure
L’accord avec SSI, officialisé le 27 juillet 2026, est l’une des plus importantes prises de participation de l’histoire de Nvidia. En échange de son ticket d’entrée, le fabricant de puces obtient un accès privilégié à la future plateforme « Vera Rubin » pour le compte du startup. La capacité de calcul de SSI doit ainsi décupler en l’espace de douze mois. Les deux entités prévoient de collaborer étroitement sur de nouvelles architectures de calcul, Nvidia ayant même obtenu un accès rare aux recherches internes de SSI sur l’IA robuste. Jensen Huang, le PDG, a souligné que cette coopération devrait permettre des avancées majeures.
Ce deal s’inscrit dans une stratégie plus large. La semaine précédente, Nvidia avait déjà conclu avec le groupe SK un partenariat évalué à plus de 500 milliards de dollars, centré sur la construction d’« AI Factories » et la fourniture de puces mémoire à large bande passante de nouvelle génération. La filiale SK Telecom doit ainsi ériger en Corée du Sud un centre de données d’une puissance de 2 gigawatts, alimenté par la plateforme Vera Rubin. Le message est clair : Nvidia verrouille à la fois l’accès aux laboratoires de recherche les plus avancés et aux infrastructures physiques indispensables à l’essor de l’IA.
Une consolidation technique qui interroge
Pourtant, le marché observe ces annonces avec une certaine circonspection. En sept séances, l’action a cédé près de 7 %, et le repli atteint 14,45 % par rapport au record historique de 202,50 euros touché en mai. Le titre évolue désormais 3,82 % en dessous de sa moyenne mobile à 50 jours (180,12 euros), un signal technique de perte de dynamisme à court terme.
Plusieurs facteurs alimentent la prudence. D’un côté, des rumeurs d’importantes couvertures de positions pour d’autres grands clients de Nvidia ont semé le trouble lundi. De l’autre, les investisseurs surveillent de près la montée en puissance des puces maison d’Amazon et de Google (ASIC), qui pourrait éroder le quasi-monopole de Nvidia sur les GPU haut de gamme. Le passage à l’architecture Vera Rubin, plus complexe, suscite également des craintes sur les rendements de fabrication et les délais de livraison. Enfin, la marge brute, proche de 75 %, est dans le viseur : tout signe de contraction dans les prochains rapports serait interprété comme la fin d’une ère de pouvoir de fixation des prix sans partage.
Le scénario haussier : la demande souveraine et industrielle en renfort
Les optimistes, eux, mettent en avant des relais de croissance solides. Le segment « Sovereign AI » — la demande émanant d’États considérant la puissance de calcul comme un bien stratégique — a vu son chiffre d’affaires plus que tripler lors de l’exercice 2026, pour atteindre 30 milliards de dollars. Des pays comme le Canada, la France ou Singapour investissent massivement, et un partenariat avec Deutsche Telekom pour une cloud industrielle souveraine est déjà opérationnel. Cette diversification réduit la dépendance de Nvidia vis-à-vis d’une poignée d’hypercentres de données.
Par ailleurs, l’usine du Texas, inaugurée le 21 juillet avec Wistron, lance la production en série du GB300 Grace Blackwell Ultra sur le sol américain. Les analystes anticipent une hausse de 129 % des livraisons en glissement annuel pour cette architecture. Le cours moyen cible des analystes, à 266,25 euros, implique un potentiel de hausse de 53 %. La banque Bernstein a d’ailleurs réitéré son conseil d’achat avec un objectif de 315 dollars (environ 291 euros), misant sur le potentiel à long terme de Vera Rubin.
Les prochains catalyseurs en ligne de mire
À très court terme, tout se jouera sur la tenue de la moyenne mobile à 100 jours. Si elle tient, la consolidation actuelle peut être lue comme une simple pause dans une tendance haussière toujours intacte — le titre affiche encore un gain de 14,11 % sur douze mois. En revanche, une rupture nette ouvrirait la voie vers la moyenne à 200 jours (166,26 euros), voire vers le plus bas annuel de 139,78 euros.
Les investisseurs guettent désormais deux échéances majeures. D’abord, les publications trimestrielles de Microsoft, Meta et Amazon, attendues pour fin juillet et début août. Si les hyperscalers confirment un rythme d’investissement soutenu dans le cycle Blackwell Ultra, Nvidia pourrait rapidement revenir tester la résistance des 180,12 euros. Ensuite, les résultats du groupe lui-même, prévus pour fin août 2026, diront si les paris massifs sur la recherche et l’infrastructure portent déjà leurs fruits. D’ici là, le titre reste suspendu au verdict de la technique et à la confiance des plus gros clients.
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