Le groupe de Jensen Huang accélère sa mutation. Présentée à la GTC Taipei, la puce Vera entre en production de masse depuis le 1er juin 2026. Contrairement à un processeur classique, Vera agit comme un accélérateur d’orchestration dédié à l’« agentic AI » – ces systèmes autonomes capables d’enchaîner des tâches complexes et de raisonner logiquement. Intégrée à la plateforme Rubin, elle combine des GPU Rubin, des contrôleurs mémoire BlueField-4 et un réseau Ethernet Spectrum-6. Selon Nvidia, Vera traite les charges agentiques jusqu’à 1,8 fois plus vite que les architectures x86 traditionnelles, notamment sous Python et pour la compilation de code.
Pourtant, le discours du patron sur la chaîne logistique reste mesuré. À la Computex de Taipei, Jensen Huang a assuré avoir sécurisé des capacités suffisantes pour soutenir une « croissance très, très robuste ». Mais il a concédé que les limitations d’approvisionnement persistent. L’entreprise reste « supply-constrained », un signal important alors que la demande d’infrastructures d’IA dépasse encore la capacité disponible. Pour les investisseurs, le dilemme est net : des livraisons tendues peuvent refléter une demande soutenue, mais elles accroissent aussi la pression sur l’ensemble de la chaîne des semi-conducteurs.
Parallèlement au matériel, Nvidia a dévoilé la plateforme DSX, un logiciel de pilotage pour les « AI Factories ». Cette couche de contrôle gère l’exploitation des usines d’IA à grande échelle et introduit une nouvelle métrique sectorielle : les « tokens par mégawatt ». Les partenaires serveurs – ASUS, Dell, HPE, Lenovo et Supermicro – ont déjà confirmé l’adoption de DSX. Côté clients, Oracle Cloud Infrastructure, CoreWeave et plusieurs grands laboratoires d’IA figurent parmi les premiers utilisateurs. DSX permet une infrastructure « rack-scale » avec une sécurité fondée sur le principe du zero-trust storage.
Ces annonces technologiques s’appuient sur des résultats financiers record. Au premier trimestre de l’exercice 2027 (clos fin avril 2026), Nvidia a enregistré un chiffre d’affaires de 81,6 milliards de dollars, en hausse de 20 % par rapport au trimestre précédent et de 85 % sur un an. Le segment « data center » a contribué à hauteur de 75,2 milliards, soit une progression de 92 %. En Bourse, l’action évolue autour de 192 euros, avec une performance de près de 19 % depuis le début de l’année. Le RSI, à 44,2 points, traduit une humeur neutre à légèrement tiède.
Le conseil d’administration a doublé son programme de rachat d’actions de 80 milliards de dollars et relevé le dividende trimestriel de 0,01 à 0,25 dollar par action – un geste fort qui, selon les analystes, vise à démontrer que la croissance n’est pas éphémère. Avec une capitalisation boursière d’environ 5 100 milliards de dollars, Nvidia reste la valeur technologique la plus lourde de la planète.
Pour le deuxième trimestre de l’exercice, la direction table sur un chiffre d’affaires d’environ 91 milliards de dollars, hors revenus provenant des régions soumises aux restrictions d’exportation renforcées. Ce guidage prudent reflète l’incertitude persistante liée aux contraintes d’approvisionnement. Les prochains résultats trimestriels montreront si le géant parvient à transformer l’appétit pour l’IA en livraisons effectives, tout en concrétisant sa mue vers un fournisseur complet d’infrastructures agentiques.
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