L’action Nvidia a terminé la séance de mercredi sur un gain de 3,2 %, portée par un rebond généralisé du secteur des semi-conducteurs. Ce mouvement fait suite à une vague de ventes nourrie, la veille, par les craintes qu’un Congrès dominé par les démocrates n’impose des règles plus strictes à l’intelligence artificielle et ne ralentisse la construction de centres de données. Reuters a relayé ces inquiétudes sans faire état de dispositions déjà adoptées.
SPIL, maillon discret mais décisif
C’est sur un tout autre terrain que se joue la suite. Selon Reuters, Nvidia consacre plusieurs milliards de dollars à l’extension des capacités de packaging CoWoS de Siliconware Precision Industries (SPIL), filiale d’ASE Technology. Un responsable du secteur cité par l’agence précise que ces fonds financeront de nouvelles surfaces de production et des équipements supplémentaires.
Voilà une manière d’investir dans l’IA qui diffère de la simple anticipation d’une multiplication des centres de données : le groupe soutient l’essor d’une étape industrielle précise. La question posée aux investisseurs se déplace donc. Il ne s’agit plus seulement de savoir si la demande de puissance de calcul sera au rendez-vous, mais si les capacités nécessaires verront le jour à temps.
Cette lecture industrielle me paraît plus solide que le décompte quotidien des annonces politiques, à condition que l’extension se traduise effectivement par des volumes livrables. Le financement témoigne de la volonté de Nvidia de façonner lui-même les conditions de son développement futur. Sa valeur économique, en revanche, dépendra de l’empressement des clients à acheter les produits qui en sortiront. C’est précisément pourquoi cette information mérite plus d’attention qu’une simple annonce de capacité : le groupe mobilise sa propre capacité financière pour soutenir un maillon de sa chaîne d’approvisionnement, et l’exécution devient le vrai critère d’évaluation.
Une option non levée chez Microsoft
La prudence reste de mise face à l’empilement des engagements. Une autre dépêche Reuters, publiée jeudi, en offre l’illustration : Microsoft ne lèvera pas l’option qui lui aurait permis de plus que doubler son accord avec le fournisseur de cloud IA Nscale, portant sur de la puissance de calcul dans un centre de données texan. L’accord élargi existant couvre déjà environ 200 000 puces IA de Nvidia. La décision de ne pas aller plus loin laisse donc intact un volume considérable déjà contractualisé.
Pour juger de l’extension des capacités, deux éléments comptent donc à parts égales : l’ampleur des accords en vigueur et la disposition des clients à souscrire des engagements supplémentaires. Une option ouvre une possibilité ; seule son exécution la transforme en contrat additionnel. Qui évalue le financement industriel de Nvidia doit garder un œil tout aussi attentif sur l’évolution du côté de la demande.
Oracle, King Yuan et Box : l’écosystème s’élargit
Sur le plan opérationnel, les annonces se succèdent. Le 27 octobre, Nvidia et Oracle ont dévoilé l’extension des superclusters d’Oracle Cloud Infrastructure, qui s’appuieront sur les systèmes Vera Rubin pour atteindre plusieurs gigawatts. Les systèmes Vera Rubin NVL72 et les processeurs Vera étaient, selon les deux entreprises, déjà disponibles en général sur OCI.
Quatre jours plus tôt, le 21 octobre, Nvidia avait annoncé avec ses partenaires des renforcements de capacités tout au long de la chaîne d’approvisionnement : substrats, packaging, tests et composants optiques. Le groupe avait alors indiqué verser à King Yuan Electronics une avance de 1,1 milliard de dollars pour réserver des capacités.
L’étage applicatif n’est pas en reste. Box a dévoilé jeudi un partenariat approfondi avec Nvidia, incluant Box Context Retrieval exploitant les modèles Nemotron et des outils dédiés aux flux de travail IA. La disponibilité générale pour les clients d’Enterprise Advanced est prévue pour le début de l’année prochaine. Cette jonction entre infrastructure et logiciel profite à Nvidia, à condition que les outils annoncés trouvent leur place dans l’exploitation des entreprises.
Hugging Face sous la loupe du département de la Justice
Le volet réglementaire, lui, ne disparaît pas. Reuters rapportait le 28 octobre que le département américain de la Justice s’était enquis des conséquences concurrentielles du rachat de Hugging Face, pour lequel Nvidia est acquéreur et Hugging Face la cible. Le prix envisagé atteint 12,93 milliards de dollars. La finalisation est attendue au premier semestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires.
Le 17 novembre comme juge de paix
Toutes ces pièces convergent vers une même échéance : le 17 novembre 2026. Nvidia publiera ce jour-là les résultats du troisième trimestre de son exercice 2027, clos le 25 octobre, et les commentera lors d’une téléconférence. Le rebond de la veille offre un vent porteur, mais la confiance ne sera vraiment assise que si l’extension financée se reflète dans l’activité. C’est à cette aune que devra s’apprécier l’initiative de plusieurs milliards.
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