Deux bureaux d’analyse ont révisé leur copie sur Sanofi en l’espace de deux jours, sans pour autant modifier leur recommandation. Morgan Stanley a porté mardi son objectif de cours de 82 à 86 euros, en maintenant sa note à « Equal Weight ». La veille, RBC Capital avait déjà relevé le sien de 75 à 80 euros, en conservant un « Sector Perform ». Un mouvement à double détente qui traduit moins un enthousiasme débordant qu’une réévaluation mécanique des modèles après la publication trimestrielle du laboratoire français.
Car les chiffres du troisième trimestre 2026, dévoilés le 30 octobre, ont surpris favorablement. Le chiffre d’affaires s’est établi à 14,44 milliards d’euros, soit une progression de 14,3 % à taux de change constants. Le moteur principal reste Dupixent, qui a généré à lui seul 5,7 milliards d’euros de revenus sur la période. Le bénéfice ajusté par action a atteint 3,55 euros, en hausse de 19,6 % en devises constantes. C’est précisément la vigueur des ventes de Dupixent, supérieure aux attentes, que RBC met en avant pour justifier sa révision.
Objectifs annuels rehaussés
Fort de cette performance, Sanofi a relevé sa prévision annuelle il y a une dizaine de jours. Le groupe anticipe désormais pour 2026 une croissance de son chiffre d’affaires dans la zone basse des pourcentages à deux chiffres, et une augmentation du bénéfice ajusté par action dans la zone médiane de ces mêmes pourcentages, le tout à taux de change constants. Une guidance qui conforte la thèse d’une entreprise en pleine accélération, portée par sa franchise phare.
Reste que RBC assortit son relèvement d’une réserve : le bureau d’analystes évoque des inquiétudes sur la pipeline de développement. Un bémol que les investisseurs ont tôt fait de relier à une annonce récente. Sanofi a en effet mis un terme au programme SAR448272, un dégradeur STAT6 expérimental sous licence de Nurix. En cause, selon le laboratoire, de nouvelles données non cliniques qui ne justifiaient pas, aux yeux de Leerink Partners, la poursuite des travaux dans l’eczéma. Nurix n’attend plus ni paiement d’étape ni redevance sur ce programme.
Le portefeuille ne se limite plus à la croissance organique
Pour compenser les aléas de sa recherche interne, le groupe tricolore compte aussi sur des acquisitions. François Roger, son directeur financier, a indiqué le 30 octobre, selon des informations de presse, que Sanofi envisageait des opérations dépassant sa fourchette habituelle de 2 à 5 milliards de dollars. La cible : des médicaments en phase avancée de développement ou déjà commercialisés. Le management inscrit cette démarche dans son plan de croissance pour l’après-Dupixent — une simple disposition à examiner des transactions plus ambitieuses, et non l’annonce d’un rachat précis.
La recherche maison avance par ailleurs sur un autre front. Toujours le 30 octobre, le lancement d’une étude européenne de phase 3 pour un vaccin combiné contre la grippe et le COVID-19 a été rapporté. Ce démarrage a déclenché un paiement d’étape de 125 millions de dollars au partenaire Novavax. Ce dernier précise que Sanofi entend initier en 2027 une étude de phase 3 comparable aux États-Unis.
Entre un Dupixent qui caracole, des objectifs relevés et une pipeline qui essuie un revers, la copie Sanofi présente un profil contrasté. Les deux relèvements d’objectif de cours — 86 euros chez Morgan Stanley, 80 euros chez RBC — en disent long sur l’équilibre que le marché cherche encore : celui d’un laboratoire dont la croissance actuelle ne masque pas totalement les questions sur l’après.
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