La semaine s’achève sur une note positive pour Nvidia, mais le chemin parcouru ressemble davantage à un parcours d’obstacles qu’à une ligne droite. Vendredi, le titre a clôturé à 174,36 euros, engrangeant 2,98 % sur la séance. Une bouffée d’oxygène bienvenue après une semaine difficile : sur cinq jours, l’action affiche encore un repli de 4,21 %. Les deux articles sources divergent légèrement sur le gain du vendredi — l’un mentionne 1,93 % à 172,56 euros — mais la tendance reste la même : le marché respire, sans pour autant retrouver son enthousiasme initial.
Des milliards qui tombent du cloud
Le catalyseur de ce rebond ? Les géants du cloud ont sorti le carnet de chèques. Amazon a relevé son objectif d’investissement annuel à 220 milliards de dollars, contre 200 milliards précédemment. Son CEO Andy Jassy l’a dit sans détour : l’essentiel de cette manne ira à l’infrastructure d’IA, et même ce montant record pourrait s’avérer insuffisant face à la demande de puissance de calcul. Microsoft maintient ses plans agressifs d’expansion de centres de données, Meta a remonté le plancher de ses prévisions d’investissement. Ensemble, avec Alphabet, ces quatre mastodontes prévoient d’injecter près de 2 400 milliards de dollars dans l’infrastructure d’IA dans les années à venir.
Pour Nvidia, ces annonces valent de l’or. Le fabricant domine le marché des accélérateurs haut de gamme, et ces budgets colossaux se traduisent en commandes fermes à long terme. Le carnet de commandes se remplit, la visibilité s’améliore.
La nouvelle génération se précise
L’attention se tourne désormais vers la relève. La plateforme « Vera Rubin », successeur de l’architecture Blackwell, est entrée en production de masse. Microsoft, Google et Oracle devraient être livrés à partir du second semestre 2026. Les analystes y voient un bond en avant significatif pour les applications d’IA dites « agentiques », un segment qui monte en puissance dans les entreprises.
Les détails techniques confirment l’ambition : les wafers Blackwell sortent déjà en volume de la nouvelle usine TSMC de Phoenix, en Arizona — une première pour la production américaine. Rubin, elle, doit passer en échantillonnage au quatrième trimestre 2026, avec une production en série programmée au premier trimestre 2027. L’intégration de mémoire HBM4 promet de réduire drastiquement le coût par requête d’IA, un soulagement pour les hyperscalers contraints de justifier leurs investissements massifs par des revenus réels.
Le spectre du banquier
Mais l’ombre au tableau s’appelle « circular financing ». Des informations font état de discussions entre Nvidia et OpenAI autour d’une garantie financière portant sur un montant vertigineux : 250 milliards de dollars. L’enjeu ? Un campus de centres de données de dix gigawatts dans l’Ohio, développé avec la branche énergie de SoftBank. Les analystes de Bernstein s’inquiètent : Nvidia pourrait se porter garant des contrats de location et des achats de puces de ses clients, brouillant la lisibilité de la demande réelle.
Ce virage potentiel — du simple fournisseur au financier de sa propre clientèle — transformerait la structure de risque du groupe. D’un côté, il sécuriserait la demande de matériel sur le long terme. De l’autre, il alourdirait le bilan d’une manière que le marché peine à évaluer. Les partisans y voient une preuve de confiance dans la rentabilité durable de l’IA ; les critiques, un mécanisme qui masque la véritable vigueur du marché. Cette incertitude, conjuguée à l’examen réglementaire persistant des exportations de puces, explique une bonne partie de la volatilité récente.
Le graphique raconte une autre histoire
Malgré le sursaut de vendredi, la tendance technique reste fragile. Le titre évolue 13,90 % sous son plus haut de 52 semaines, atteint le 14 mai 2026 à 202,50 euros. L’indice RSI de 47,2 indique un terrain neutre — ni surachat, ni survente. À plus long terme, l’action gagne 8,78 % sur un an, ce qui relativise la faiblesse conjoncturelle.
La proximité avec la moyenne mobile à 200 jours — le titre se situe environ 3,73 % au-dessus — fait des prochaines semaines un test décisif. Soit ce niveau confirme un point d’entrée intéressant, soit il amorce une correction plus profonde. Les avis restent partagés, mais les institutions, elles, voient loin : le cours cible moyen des analystes atteint 263,90 euros, soit un potentiel de hausse de près de 53 % par rapport aux niveaux actuels. Morningstar maintient d’ailleurs sa recommandation positive.
Le 26 août, l’heure de vérité
Tous les regards convergent vers le 26 août 2026, date de publication des résultats du deuxième trimestre de l’exercice 2027. Les investisseurs attendent des chiffres concrets sur les ventes de Blackwell et une feuille de route formelle pour Rubin. La question chinoise reste également en suspens : des livraisons massives à des entreprises comme Moonshot, via des partenaires cloud tiers, alimentent les spéculations sans que le cadre réglementaire ne soit clarifié.
Nvidia n’est plus simplement un fabricant de puces. Avec une capitalisation qui se compte en milliers de milliards d’euros, le groupe est devenu une pièce maîtresse de l’économie mondiale, dont le sort dépend désormais autant de sa production que de la santé financière de tout l’écosystème de l’IA. La réponse à cette équation complexe se jouera dans les semaines à venir — et le prochain rapport trimestriel en dira long sur la solidité réelle de ce château de cartes, ou de cette forteresse.
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