Le calme apparent de l’action Nvidia ces dernières semaines contraste avec l’intensité des débats qui agitent les coulisses. Tandis que le titre oscille autour de ses moyennes mobiles, deux questions structurelles se disputent l’attention des investisseurs : la montée en puissance de l’IA souveraine et les soupçons de financement circulaire qui entourent les relations du groupe avec ses propres clients.
Un titre qui reprend son souffle
La séance de lundi a vu l’action progresser de 3,08 % à 179,48 euros, avant de poursuivre son élan mardi avec un gain de 3,69 % à 180,80 euros. Des variations qui ramènent le titre à environ 11 % sous son plus haut de 52 semaines, établi en mai à 202,50 euros. Le RSI de 52,2 traduit un marché sans excès ni panique, simplement en phase d’observation.
Sur un an, la progression atteint près de 12 %. Un chiffre respectable pour la plupart des sociétés, mais qui représente pour Nvidia une véritable pause après les rallyes explosifs des exercices précédents. Le titre ne dépasse son moyenne à 50 jours de 178,79 euros que de 0,38 %, signe d’une consolidation qui s’éternise.
L’IA souveraine, nouvelle colonne vertébrale
Le marché a tourné la page de l’euphorie pure pour entrer dans une phase d’examen minutieux. Les investisseurs ne se contentent plus des milliards engagés par les géants du cloud ; ils cherchent le prochain moteur de croissance structurelle. Or celui-ci émerge d’un segment longtemps ignoré : l’infrastructure d’IA pilotée par les États.
Le Canada, la France, le Royaume-Uni et Singapour traitent désormais la puissance de calcul comme des réseaux électriques ou ferroviaires — une infrastructure nationale à contrôler. Ce marché, baptisé « Sovereign AI », a triplé en l’espace d’un an et représenterait environ 30 milliards de dollars de revenus pour Nvidia. Les pays veulent des modèles qui reflètent leur langue, leur culture et leurs lois, pas ceux d’une entreprise de la Silicon Valley.
Cette diversification agit comme un filet de sécurité. Si les hyperscalers américains venaient à réduire leurs investissements, les commandes publiques offriraient une seconde jambe de croissance, plus stable. C’est précisément cette assise élargie qui soutient le cours cible moyen des analystes de 262,89 euros, soit un potentiel de hausse de 46,5 % par rapport au cours actuel.
La transition Blackwell-Rubin en toile de fond
Technologiquement, Nvidia se trouve à un carrefour. La plateforme Blackwell continue de représenter plus de 70 % des livraisons de GPU haut de gamme, mais l’attention des ingénieurs s’est déjà tournée vers l’architecture Rubin, entrée en production pleine au début de l’année. Il ne s’agit pas d’une simple évolution : Rubin constitue un changement de plateforme complet, avec un nouveau CPU Vera et une mémoire HBM4 de dernière génération.
Les volumes importants ne devraient être livrés qu’au second semestre 2026. Cette échéance explique en partie l’immobilisme du titre : le marché attend les premières données de performance fiables issues des nouvelles usines d’« IA agentique » avant de justifier un nouvel élan.
Le spectre du financement circulaire
À trois semaines de la publication des résultats trimestriels, une autre controverse agite les investisseurs. Nvidia négocierait un soutien de crédit de 250 milliards de dollars pour OpenAI, destiné à financer la construction de centres de données d’une capacité de dix gigawatts. Les critiques, dont l’investisseur Michael Burry, y voient une « finance circulaire » : le groupe garantirait la demande de ses propres clients, créant ainsi artificiellement une partie des revenus qu’il comptabilise ensuite comme croissance.
Les partisans de l’opération y discernent au contraire une marque de confiance dans la rentabilité à long terme de l’infrastructure d’IA. Avec une capitalisation boursière de 4 214,72 milliards d’euros, chaque engagement supplémentaire pèse lourd dans la balance. Les deux lectures trouvent des défenseurs convaincus sur les marchés.
Une demande opérationnelle qui ne faiblit pas
Indépendamment de ces interrogations financières, la demande réelle demeure vigoureuse. TrendForce a relevé sa prévision de croissance des ventes de serveurs d’IA pour 2026 à près de 31 % sur un an. Les neuf plus grands fournisseurs de cloud mondiaux devraient augmenter leurs dépenses d’investissement d’environ 90 % l’an prochain, pour un total dépassant 886,7 milliards de dollars.
Nvidia adapte son catalogue à ce rythme. La nouvelle puce Blackwell Ultra B300 cible spécifiquement les modèles de raisonnement et l’inférence à des milliards de paramètres. Le groupe se positionne ainsi comme fournisseur d’infrastructure durable pour les agents d’IA, plutôt que comme simple vendeur de cycles technologiques.
Le rendez-vous du 26 août
La publication des résultats le 26 août pourrait dissiper les zones d’ombre. Les analystes de Wall Street, dont le consensus vise 262,89 euros — un potentiel de 45,4 % —, attendent des éclaircissements sur deux points : la nature exacte de l’arrangement avec OpenAI et la confirmation que les plans d’investissement des hyperscalers restent solidement adossés aux puces de Nvidia.
Le scénario d’une confirmation claire ouvrirait la voie à un retour du titre sur le devant de la scène. Des réponses ambiguës, en revanche, risqueraient de prolonger la phase de consolidation. Entre la montée de l’IA souveraine et les interrogations sur le financement de ses clients, Nvidia joue sur deux échiquiers à la fois. Les premières réponses arriveront avec les livraisons de Rubin au second semestre 2026 — et, plus immédiatement, avec le rapport trimestriel d’août.
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