Une simple déclaration de Jensen Huang, et le marché bascule. En marge du Computex à Taipei, le patron de Nvidia a qualifié Marvell Technology de « prochaine entreprise à 1 000 milliards de dollars ». Résultat : l’action du spécialiste des puces a bondi de près d’un tiers en une seule séance – un record depuis son introduction en Bourse en 2000. Pour les investisseurs de Nvidia, c’est bien plus qu’une anecdote : c’est la preuve que chaque mot du patron est désormais un signal directionnel pour toute la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle.
Ce n’est pas un simple compliment entre partenaires. Fin mars, les deux groupes avaient déjà officialisé un renforcement de leur collaboration. Nvidia a investi deux milliards de dollars dans l’aventure. Ensemble, ils travaillent sur la photonique silicium et des processeurs sur mesure – des technologies clés pour la prochaine génération de data centers dédiés à l’IA. Après cette envolée, Marvell pèse désormais près de 250 milliards de dollars, contre 53 milliards un an plus tôt. Le message est limpide : quiconque entre dans l’orbite de Nvidia est aussitôt considéré comme un acteur incontournable de l’avenir de l’IA.
Pendant ce temps, l’action Nvidia elle-même peine à suivre le rythme. Elle s’échange à 186,20 euros, en recul de près de 3 % sur la séance, tout en restant en hausse d’environ 15 % depuis le début de l’année. Le titre évolue 7 % au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours, mais encore 9 % sous son record historique de mai. Les investisseurs semblent accorder plus de poids aux contraintes opérationnelles qu’aux promesses stratégiques.
Car la production fait figure de verrou. Jensen Huang a lui-même confirmé à Taipei que les goulots d’étranglement persistent. Nvidia a certes sécurisé des capacités supplémentaires, mais la disponibilité physique des composants reste le principal frein. La demande explose : le chiffre d’affaires du dernier trimestre a bondi de 85 % pour atteindre 81,6 milliards de dollars, dont 75,2 milliards pour le seul segment data centers. Pour le deuxième trimestre en cours, la direction table sur des revenus d’environ 91 milliards de dollars, avec une marge brute toujours confortable de 75 %.
Pour soutenir cette croissance, Nvidia élargit son offensive au-delà des GPU. Les nouvelles unités centrales Vera ciblent directement les bastions d’AMD et d’Intel dans les serveurs. Parallèlement, le groupe dévoile Cosmos 3, un modèle de base pour l’IA physique, capable de lier logique visuelle et prédiction d’actions – des applications dans la robotique et la conduite autonome. Dans la foulée, le modèle Alpamayo 2 Super, fort de 32 milliards de paramètres, a été présenté pour les robotaxis.
Au total, Nvidia ne se contente plus de vendre des puces : il dessine l’architecture complète des usines d’IA. Du réseau au stockage en passant par le calcul, le groupe se positionne comme la plaque tournante de l’écosystème. L’épisode Marvell en est une illustration éclatante. Mais tant que les chaînes d’approvisionnement resteront sous tension, la puissance de feu stratégique ne se traduira pas entièrement en chiffre d’affaires immédiat. Le marché guette désormais la capacité de Nvidia à transformer sa domination technologique en exécution industrielle.
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