Jensen Huang a profité de la Computex 2026 à Taipei pour dévoiler une double offensive qui élargit considérablement l’horizon de Nvidia. D’un côté, la plateforme DSX standardise la construction de data centers d’IA ; de l’autre, le RTX Spark (ou N1X) marque l’entrée du groupe sur le marché des processeurs pour PC Windows. Le titre a réagi immédiatement : l’action a bondi de plus de 6 % lundi, à 224,36 dollars (environ 193 euros), tandis que Dell et Microsoft gagnaient respectivement 8 % et 2 % dans son sillage.
RTX Spark : l’attaque frontale contre Intel, AMD et Qualcomm
Développé en collaboration avec Microsoft, le RTX Spark est le premier CPU maison de Nvidia destiné aux PC de bureau. Il embarque jusqu’à 20 cœurs Arm, une GPU Blackwell dotée de 6 144 cœurs CUDA et 128 Go de LPDDR5X. La bande passante mémoire atteint 300 Go/s, et la connexion NVLink C2C entre CPU et GPU permet d’exécuter localement des modèles de langage comptant jusqu’à 120 milliards de paramètres. Côté gaming, Nvidia promet du 1440p à 100 images par seconde grâce au DLSS 4.5 et à la Multi Frame Generation. Dell, HP, ASUS, Lenovo et MSI intégreront le chip dès l’automne 2026.
La concurrence a mal encaissé : Intel, AMD et Qualcomm ont tous cédé du terrain en Bourse lundi. Le marché réalise que Nvidia n’est plus seulement un fournisseur de cartes graphiques, mais un acteur systémique de l’informatique personnelle.
Vera CPU : la production en millions d’unités
Le second choc vient des data centers. Le processeur Vera, dédié aux charges de travail d’IA (apprentissage par renforcement, IA agentique, traitement de données), est déjà en production de masse. Huang a évoqué un « marché qui n’existait pas auparavant ». Vera accélère d’un facteur 1,8 l’exécution des tâches par rapport aux x86 classiques. Parmi les premiers clients figurent Anthropic, OpenAI, xAI (Elon Musk), Dell, Oracle et CoreWeave. Hewlett Packard Enterprise a présenté un serveur prêt à l’emploi, le ProLiant Compute DL394 Gen12, disponible lui aussi à l’automne.
DSX : la plateforme qui change la donne
Parallèlement, la suite DSX (Data Center System Infrastructure) transforme Nvidia en intégrateur d’infrastructure. Le module DSX MaxLPS permet d’augmenter la densité de GPU de 40 % à puissance égale – autrement dit, plus de tokens produits par mégawatt. DSX OS est un système d’exploitation open source pour grands clusters, DSX Sim autorise des simulations par jumeau numérique, et DSX Flex assure le réseau haute performance. Des clouds comme CoreWeave, Crusoe et Lambda adoptent déjà ces composants.
Nvidia a également présenté, avec Siemens et Fluence Energy, une architecture de référence pour data centers d’IA de 136 mégawatts. Siemens fournit la distribution électrique, Fluence intègre le stockage par batteries. Le but : accélérer la mise en service et réduire les risques techniques. ABB apporte ses actifs SimReady 3D dans l’environnement Omniverse DSX, Vertiv ajoute ses jumeaux numériques pour l’infrastructure SmartRun, et ASUS utilisera la plateforme DSX pour ses systèmes AI POD XA VR721-E3.
Le cadre réglementaire se resserre
Le 31 mai, le département américain au Commerce a durci les règles d’exportation en fermant une brèche qui permettait aux entreprises chinoises d’acheter des puces via des filiales étrangères. Les licences d’exportation dépendent désormais de la société mère, non du lieu de livraison. Nvidia a confirmé se conformer aux nouvelles exigences. Une contrainte que la direction intègre dans ses prévisions : le chiffre d’affaires du prochain trimestre (91 milliards de dollars) suppose zéro vente dans le data center chinois.
Analyse et perspectives
Sur le plan financier, le dernier trimestre a vu le chiffre d’affaires bondir de 85 % à 81 milliards de dollars. Pour le trimestre en cours, Nvidia anticipe 91 milliards, bien au-dessus des 87 milliards attendus par Wall Street. L’action se situe 20 % au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours et a gagné près de 20 % depuis le début de l’année. Le 52 semaines haut (201 euros) redevient accessible.
Du côté des analystes, Goldman Sachs (James Schneider) maintient son conseil d’achat, D.A. Davidson réitère un objectif de 300 dollars et place l’action sur sa « Best-of-Breed Bison List ». Sur 40 analystes, 38 recommandent d’acheter, avec un cours cible moyen de 310 dollars, soit un potentiel de hausse de 40 %. La prochaine génération de puces, Vera Rubin, est déjà en production de masse avec des premières livraisons attendues pour l’automne 2026 – un élément supplémentaire de soutien pour le titre.
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