S&P Global a relevé la note de crédit de Nvidia à AA, un sceau de confiance rare dans l’industrie des semi-conducteurs. L’agence justifie sa décision par une « soif insatiable » de puces pour l’intelligence artificielle, et projette un chiffre d’affaires de 394 milliards de dollars pour l’exercice 2027, puis 544 milliards en 2028. Le flux de trésorerie disponible pourrait atteindre 276 milliards de dollars à cette échéance. Seule ombre au tableau : la dépendance du groupe envers son unique sous-traitant majeur, TSMC, basé à Taïwan.
Pour concrétiser cette ambition, Nvidia passe de la simple fourniture de composants à la construction d’infrastructures clés en main. Le projet Helix Digital Infrastructure, lancé avec le fonds KKR et la Kuwait Investment Authority, est doté de plus de 10 milliards de dollars. Le consortium associe également l’énergéticien Vistra et confie les rênes à Adam Selipsky, ancien patron du cloud d’Amazon. L’objectif : bâtir des data centers capables d’absorber l’explosion de la demande énergétique de l’IA, tout en optimisant l’efficacité grâce à la plateforme DSX de Nvidia.
Sur le front géopolitique, le groupe muscle son équipe de régulation. Bruce Andrews, ancien vice-ministre du Commerce et chef du lobbying chez Intel, devient directeur des affaires extérieures. Sa mission : débloquer les livraisons de puces H200 vers une dizaine de sociétés chinoises, et obtenir les licences d’exportation nécessaires pour la future génération de CPU Vera.
L’offensive ne se limite pas aux serveurs. Nvidia étend son écosystème à la santé : avec la start-up Abridge (valorisée 5,3 milliards de dollars), le groupe développe un modèle d’IA basé sur l’architecture Nemotron pour automatiser plus de 100 millions de consultations médecin-patient par an. En Inde, une « usine d’IA » géante voit le jour avec le conglomérat Larsen & Toubro. Côté mémoire, un contrat pluriannuel a été signé avec SK Hynix pour l’approvisionnement en puces HBM4, essentielles aux prochaines générations de processeurs.
Le 24 juin 2026, lors de l’assemblée générale virtuelle, le management dévoilera la nouvelle plateforme Vera Rubin ainsi qu’un programme de retour aux actionnaires élargi. Celui-ci comprend un dividende trimestriel de 0,25 dollar par action et un plan de rachats d’actions de 80 milliards de dollars.
En Bourse, le titre s’échangeait à 177,98 euros dans un relevé récent, contre 176,70 euros dans une autre publication, illustrant une volatilité contenue. Depuis le début de l’année, l’action a progressé de 10 % ; sur un an, la hausse atteint 41 %. Jensen Huang, le PDG, considère le récent repli du secteur technologique comme une « opportunité d’achat » et fustige les dirigeants qui justifient des licenciements par l’IA : selon lui, la technologie doit rendre les employés plus productifs, pas les remplacer.
L’assemblée générale du 24 juin sera donc scrutée de près. Les actionnaires attendent des précisions sur le rythme de déploiement de ces infrastructures colossales, alors que le marché s’interroge sur la capacité de Nvidia à maintenir sa domination face aux tensions commerciales et à la concentration géographique de sa production.
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