Le métal jaune vit à deux rythmes. D’un côté, les banques centrales poursuivent un mouvement de fond qui redessine la géographie de leurs réserves ; de l’autre, le prix spot subit une correction qui ramène la volatilité au premier plan. La Banque des Pays-Bas (DNB) a ainsi transféré 86 tonnes d’or depuis New York et Ottawa vers Londres entre mars et août, une opération motivée par la volonté de pouvoir mobiliser plus rapidement ses réserves en cas de crise. Après ce rapatriement, la capitale britannique abrite désormais 32,1 % des avoirs néerlandais, tandis que New York et Ottawa se partagent à parts égales les 18,5 % restants chacun. L’encours total de la DNB s’élève à 612,4 tonnes, valorisées 72,2 milliards d’euros.
Ce déménagement n’est pas un cas isolé. La France avait déjà rapatrié environ 129 tonnes depuis New York vers Paris entre juillet 2025 et janvier 2026. L’Allemagne, elle, avait ouvert la voie entre 2013 et 2017 en ramenant son or de New York et Paris vers Francfort. Pour Lina Thomas et Daan Struyven, analystes chez Goldman Sachs, ces opérations traduisent une tendance de fond : les instituts d’émission veulent rapprocher leurs réserves de leur territoire plutôt que de les laisser dans les places traditionnelles.
Des achats soutenus qui ne suffisent pas à enrayer la baisse
Ce mouvement de rapatriement s’accompagne d’une demande institutionnelle toujours vigoureuse. Selon le World Gold Council, les banques centrales ont ajouté 23 tonnes nettes en juillet, portant le cumul des sept premiers mois de l’année à environ 130 tonnes. La Chine, qui achète pour le 21e mois consécutif, affiche désormais un stock de 2 366 tonnes. La Pologne a accru ses réserves de 90 tonnes sur la même période, tandis que la Russie et la Turquie ont procédé à des ventes de moindre ampleur. Au deuxième trimestre, la demande nette mondiale a bondi de 62 % sur un an pour atteindre 289 tonnes, un record historique pour un deuxième trimestre selon le World Gold Council.
Reste que ces fondamentaux solides n’ont pas empêché le prix de céder du terrain. Le lingot a touché en début de mois son niveau le plus bas depuis plus de trois semaines, les frappes américaines répétées contre des cibles iraniennes ayant paradoxalement joué contre le métal jaune : au lieu de déclencher des achats refuge, l’escalade a alimenté les anticipations d’inflation et donc la pression sur les rendements obligataires. S’y sont ajoutés un dollar plus ferme et des rendements américains en hausse. Vendredi, l’once a clôturé à 4 430,09 dollars, en repli de 1,0 % sur la séance. Sur sept jours, la baisse atteint 0,5 %, mais le métal conserve un gain de 2,6 % depuis le début de l’année et de 24 % sur douze mois. Il reste toutefois environ un cinquième sous son record de 5 598,58 dollars atteint en janvier.
De 5 600 à 4 330 dollars : la correction attire les gestionnaires d’actifs
Le parcours récent illustre l’ampleur du mouvement : après avoir culminé autour de 5 600 dollars en janvier, l’once est retombée à environ 4 000 dollars en juin, avant de rebondir près de 4 700 dollars il y a deux semaines, puis de rechuter. Reuters a fait état d’un recul de plus de 2 % vers un creux de deux semaines à 4 342,20 dollars, avant que la chute ne se poursuive jusqu’à environ 4 330 dollars, son plus bas depuis le 7 août. À Londres, le prix a cédé environ 1,5 % à 4 372 dollars, tandis que le contrat à terme de décembre s’établissait à 4 356,40 dollars en début de séance.
Le déclencheur de cette correction remonte à vendredi dernier : le gouverneur de la Fed, Kevin Warsh, a signalé dans un discours qu’il n’envisageait pas de modification des taux, relançant les spéculations sur un resserrement monétaire. Selon Tradingeconomics, les marchés intègrent désormais une probabilité de 66 % d’une hausse des taux en septembre. Des taux plus élevés renchérissent le coût d’opportunité de la détention d’or, qui ne verse aucun revenu. Les prix du pétrole, tirés par le conflit américano-iranien, ont ajouté une couche de pression en nourrissant les craintes inflationnistes.
Les investisseurs institutionnels voient plus loin
Cette faiblesse du prix a toutefois suscité des réactions d’achat chez les grands gestionnaires d’actifs. Amundi, Pictet, Robeco, Fidelity, BNP Paribas et Manulife reconstituent leurs positions. Amundi anticipe un prix de 4 200 dollars l’once d’ici fin 2026 et n’exclut pas 5 000 dollars à l’horizon 2028. Ray Dalio recommande, selon des rapports, une allocation de 15 % en or dans les portefeuilles.
Sur le plan technique, le métal se négocie actuellement 2,2 % sous sa moyenne mobile à 200 jours, signe d’un essoufflement après la forte progression des mois précédents. Sur trente jours, il conserve néanmoins un gain de 4,3 %, ce qui suggère que la correction n’a pas remis en cause la tendance de fond. Août s’était d’ailleurs soldé par une progression de plus de 10 %, portée par un dollar faible et une demande soutenue.
Tous les regards se tournent désormais vers la réunion de la Fed prévue le 16 septembre. Les anticipations ont déjà oscillé à plusieurs reprises entre scénario de hausse et statu quo. L’évolution du conflit iranien et son impact sur les prix de l’énergie constitueront l’autre variable déterminante pour la trajectoire du lingot, qui reste suspendu entre des flux institutionnels porteurs et des vents contraires monétaires.
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