La récente déclaration transmise à l’AMF par Valneva, portant sur la situation au 31 août et déposée le 4 septembre, n’a rien d’une formalité anodine. Elle intervient à un moment charnière pour le laboratoire biopharmaceutique, engagé dans une vaste manœuvre de consolidation financière. Au 31 août, la société recensait 189.771.237 actions ordinaires et 204.364.085 droits de vote, droits suspendus inclus. Hors ces derniers, le total s’établit à 204.239.763, après l’attribution de droits de vote doubles sur 831 actions entre le 1er et le 21 août.
Cette photographie du capital sert de toile de fond à une stratégie claire : renflouer les caisses tout en réduisant drastiquement la voilure. Le deuxième trimestre a ainsi vu une augmentation de capital réservée rapporter 37 millions d’euros bruts, complétée par un plan de restructuration mondiale visant à freiner l’érosion de trésorerie — suppressions de postes, recentrage des programmes de recherche et réorganisation des opérations.
Des comptes semestriels dans le rouge vif
Le premier semestre 2026 laisse apparaître un nette aggravation des comptes. La perte nette s’est creusée à 63,3 millions d’euros, contre 20,8 millions un an plus tôt. En cause : une marge brute en repli, des coûts liés à la résiliation du contrat autour du vaccin contre le chikungunya IXCHIQ et des dépréciations de stocks.
Côté revenus, le tableau demeure contrasté. Les ventes de produits ont atteint 64,0 millions d’euros sur la période. Le vaccin contre l’encéphalite japonaise IXIARO/JESPECT a généré 44,0 millions d’euros, contre 54,7 millions l’exercice précédent — un repli que Valneva espère compenser grâce à de nouvelles livraisons au ministère américain de la Défense et à un contrat attendu au troisième trimestre. DUKORAL, le vaccin contre le choléra, a rapporté 14,7 millions d’euros, contre 17,4 millions, la comparaison étant faussée par des expéditions exceptionnelles liées à l’épidémie de Mayotte l’an dernier.
Malgré un environnement géopolitique pesant sur le tourisme, le groupe maintient ses prévisions annuelles : 135 à 150 millions d’euros de ventes de produits et 145 à 160 millions d’euros de revenus totaux.
Nantes cédé, la trésorerie se renforce
La cession du site de Nantes à la métropole nantaise, pour 6,2 millions d’euros, constitue un autre pilier de l’assainissement. La transaction, dont la finalisation est attendue en septembre, devrait donner un coup de pouce supplémentaire à la liquidité. La trésorerie s’élevait à 121,5 millions d’euros au 30 juin, contre 109,7 millions fin 2025. Valneva anticipe par ailleurs une amélioration des marges brutes produits au second semestre, une fois les effets exceptionnels du premier semestre dissipés.
Le vaccin contre la borréliose dans l’attente
Les investisseurs gardent également un œil sur le candidat vaccin contre la maladie de Lyme, PF-07307405, développé avec Pfizer. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a validé fin août la demande d’autorisation de mise sur le marché et a entamé son examen. En cas de succès, Pfizer assurerait la fabrication et la commercialisation — une perspective qui alimente la spéculation depuis plusieurs semaines, même si l’issue de l’évaluation reste lointaine.
Un parcours boursier en dents de scie
Le titre a clôturé à 2,98 euros vendredi, quasi stable sur la séance. Sur sept jours, la progression atteint 7,2 %, et 33 % sur un mois — les données varient légèrement selon les sources, certaines faisant état de 30 % sur la même période. Le cours s’est nettement éloigné de son plus bas sur 52 semaines (2,03 euros, touché en juillet), mais reste très loin du sommet de 5,34 euros atteint le 1er octobre 2025, soit un écart d’environ 44 %. Depuis le début de l’année, l’action accuse encore un repli de 20 %, et de 21 % sur douze mois.
La volatilité annualisée de 90 % témoigne du caractère spéculatif du dossier. L’indice de force relative, à 64,3, suggère une certaine appétence acheteuse sans signaler de surachat. À la Nasdaq, le titre s’échangeait récemment autour de 6,67 dollars après une clôture à 6,30 dollars, dans le sillage de résultats trimestriels décevants — un niveau qui, en raison des places de cotation distinctes, n’est pas directement comparable au cours en euros.
Des avis d’analystes partagés
TD Cowen a initié le suivi du dossier début septembre avec une recommandation d’achat et un objectif de cours de 12 dollars. D’autres établissements affichaient alors des avis plus réservés, certains recommandant la vente, le consensus restant à « conserver ».
La déclaration de droits de vote ne change rien à l’équation fondamentale : Valneva doit traverser sa phase de pertes grâce à la somme de ses initiatives — augmentation de capital, économies, cession immobilière — en attendant que le pipeline et les nouveaux contrats élargissent la base de revenus. La marge de manœuvre existe, mais le compte à rebours, lui, ne s’interrompt jamais.
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