Le métal précieux subit une pression inédite à double détente. Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient devraient en théorie soutenir les valeurs refuges, l’or agit désormais comme un actif risqué, écrasé par la vigueur de l’économie américaine et l’envolée du brut. Jeudi, le cours au comptant est retombé à environ 4 438 dollars, après avoir déjà cédé 1 % mercredi pour s’établir à 4 467 dollars. Le différentiel avec la moyenne mobile à 50 jours atteint près de 4 %, et l’indice de force relative (RSI), à 40, frôle la zone de survente.
Le choc est venu des statistiques américaines. L’indice ISM des services a grimpé à 54,5 points en mai, bien au-dessus des 53,8 attendus, porté par des commandes à 57,3 points et des stocks à 62,5 points – leur plus haut niveau depuis mai 2010. Parallèlement, le rapport ADP a fait état de 122 000 créations d’emplois dans le secteur privé, un chiffre solide qui, couplé à des offres d’emploi toujours abondantes, a renforcé les attentes d’un maintien prolongé des taux élevés. Les swaps n’intègrent plus qu’une probabilité de 5 % de baisse des taux lors de la réunion de juin de la Fed, tandis que la probabilité d’une hausse en décembre atteint désormais 42 %. La présidente de la Fed de Cleveland, Loretta Mester, n’a pas écarté de nouveaux tours de vis si l’inflation persiste, et le Livre Beige a confirmé des prix modérément à fortement en hausse, tirés par l’énergie.
Cette dernière pèse justement lourd dans l’équation. L’échec des pourparlers de cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, conjugué à des frappes iraniennes signalées sur l’aéroport de Koweït et à des opérations militaires américaines près du détroit d’Ormuz, a envoyé les cours du pétrole en orbite. Mais, loin de profiter à l’or, ce choc d’offre nourrit la crainte d’une deuxième vague inflationniste, qui contraindrait les banques centrales à resserrer encore leur politique monétaire. Or, dans un environnement de taux réels en hausse, l’once, qui ne rapporte aucun coupon, voit ses coûts d’opportunité exploser. Le dollar en profite – l’indice dollar a franchi les 99 points et se rapproche du seuil psychologique des 100 –, ce qui renchérit l’or pour les acheteurs non américains et freine la demande mondiale.
Techniquement, le métal jaune évolue dans une zone dangereuse. Le support majeur se situe entre 4 000 et 4 100 dollars, niveau dont la rupture déclencherait probablement des ventes forcées. La saisonnalité joue aussi contre lui : l’été voit traditionnellement la demande de bijoux asiatique se tarir, les transformateurs préférant reconstituer leurs stocks à l’automne. Pour l’heure, les analystes de la banque OCBC restent confiants sur le long terme : ils ont relevé leur objectif de cours à 5 600 dollars d’ici fin 2026, misant sur l’incertitude mondiale persistante et les achats massifs des banques centrales – 800 tonnes sont attendues cette année, notamment de la part des pays émergents qui poursuivent la dédollarisation de leurs réserves.
Le prochain test décisif aura lieu vendredi, avec la publication du rapport officiel sur l’emploi américain pour le mois de mai. Si les créations de postes non agricoles s’avèrent une nouvelle fois robustes, le scénario d’un resserrement monétaire prolongé se verra consolidé, accentuant encore la pression baissière sur l’or.
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