Le marché retient son souffle. À quelques semaines des résultats trimestriels, l’action Nvidia oscille entre deux récits contradictoires : celui d’un champion technologique aux fondamentaux solides, et celui d’un groupe dont la santé financière dépend désormais de la capacité de ses propres clients à rembourser leurs dettes. Vendredi, le titre a clôturé en hausse de 1,93 % à 172,56 euros, après avoir gagné jusqu’à 2,98 % en séance pour finir à 174,36 euros selon les dernières cotations. Sur la semaine, le bilan reste négatif avec un repli de 4,21 %.
Une consolidation qui interroge
Le parcours boursier récent illustre cette hésitation. L’action évolue sous sa moyenne mobile à 50 jours, fixée à 178,99 euros, un signal technique qui traduit l’essoufflement du momentum court terme. Elle conserve néanmoins une marge de sécurité d’environ 3,73 % au-dessus de sa moyenne à 200 jours, un niveau qui s’est historiquement révélé être un support fiable pour le géant des semi-conducteurs.
Depuis le sommet historique atteint en mai, le titre accuse un retard de 14,79 %, et près de 14 % le séparent encore de son plus haut sur 52 semaines à 202,50 euros. Sur un an, la performance reste toutefois positive, avec un gain de 11,77 %. Les analystes y voient moins un retournement qu’une phase de digestion nécessaire avant une nouvelle impulsion.
La question qui fâche : le financement circulaire
Le véritable sujet d’inquiétude n’est pourtant pas technique. Il tient à un mot qui commence à circuler dans les salles de marché : « financement circulaire ». Selon des informations rapportées fin juillet, Nvidia négocierait avec OpenAI une caution pour un montage financier de 250 milliards de dollars. L’objectif : soutenir la construction d’un campus de centres de données d’une capacité de dix gigawatts dans l’Ohio, développé en partenariat avec la branche énergie de SoftBank.
Si l’opération se concrétisait, Nvidia ne serait plus seulement le fournisseur de puces de l’écosystème de l’intelligence artificielle, mais aussi le garant de sa solvabilité. Une double casquette qui modifie profondément le profil de risque du groupe. D’un côté, un tel engagement sécuriserait la demande pour les processeurs Blackwell sur le long terme. De l’autre, il introduit une charge bilancielle que le marché peine à évaluer.
Jensen Huang, le patron de Nvidia, balaie ces inquiétudes d’un revers de main. Remettre en cause le retour sur investissement de l’IA relèverait de la « folie », a-t-il récemment déclaré, qualifiant la technologie de « follement rentable ». Les investisseurs, eux, semblent moins catégoriques : la question n’est plus seulement de savoir si la demande pour les puces existe, mais si elle est organique ou artificiellement soutenue par la propre crédibilité financière de Nvidia.
La production suit son cours
Pendant que le débat fait rage à Wall Street, l’activité industrielle, elle, poursuit sa cadence. Les wafers Blackwell sortent désormais en volume de la nouvelle usine de TSMC à Phoenix, en Arizona, une étape importante pour la production américaine. La plateforme Blackwell Ultra restera le principal moteur de revenus jusqu’à la prochaine publication trimestrielle.
Mais les regards se tournent déjà vers la suite. L’architecture Rubin doit entrer en phase d’échantillonnage au quatrième trimestre 2026, avec un démarrage de la production en série prévu au premier trimestre 2027. Équipée de mémoire HBM4, elle promet de réduire drastiquement le coût par requête d’IA, un soulagement attendu pour les hyperscalers comme Microsoft et Amazon, de plus en plus contraints de justifier leurs investissements massifs par des revenus concrets.
Le rendez-vous du 26 août
D’ici là, tous les regards convergent vers le 26 août 2026, date de la publication des résultats trimestriels. Les analystes, eux, restent résolument optimistes. Le cours cible moyen s’établit à 263,90 euros, soit un potentiel de hausse de près de 53 % par rapport aux niveaux actuels. Morningstar continue de juger le titre sous-évalué.
Cette confiance repose sur un pari : que les investissements colossaux des géants du cloud continuent d’alimenter les carnets de commandes de Nvidia, quelle que soit la manière dont ils sont financés. Un pari qui comporte une faille évidente. Tant que le marché ne pourra pas distinguer clairement la croissance organique de la demande adossée au crédit, l’action restera prisonnière d’une zone d’attente nerveuse.
La proximité avec la moyenne à 200 jours fait des prochaines semaines un test décisif. Soit ce niveau confirme un point d’entrée attractif, soit il amorce une réévaluation plus profonde. Le géant des puces joue désormais sur deux tableaux : celui de la suprématie technologique, et celui, plus périlleux, de banquier officieux de toute une industrie. Les chiffres du 26 août diront lequel pèse le plus lourd.
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