La flambée du pétrole et la perspective de taux d’intérêt plus élevés n’ont pas eu raison de l’or cette semaine. Alors que le baril de Brent a franchi le seuil des 93 dollars et que les rendements des emprunts d’État américains à dix ans dépassent 4,6 %, le métal jaune a signé une progression hebdomadaire de 4,51 %, porté par une escalade militaire sans précédent au Moyen-Orient.
L’once a clôturé mercredi à 4 159,80 dollars, soit un gain de 1,91 % sur la séance. Un rebond qui la ramène à son plus haut niveau depuis le 7 juillet, après être brièvement passée sous la barre des 4 000 dollars fin juin. Pour autant, le cours reste encore loin de son record absolu de 5 626,80 dollars, touché le 29 janvier dernier — soit un écart de plus de 26 %.
Onzième nuit de frappes américaines
Le commandement militaire américain Centcom a confirmé de nouvelles frappes contre des cibles en Iran, la onzième nuit consécutive d’opérations. L’objectif affiché est de réduire la capacité de Téhéran à menacer les navires marchands dans le détroit d’Ormuz. Le président Trump a prévenu que d’autres frappes suivraient si les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, continuaient de perturber le trafic en mer Rouge.
Le secrétaire d’État Rubio a toutefois laissé la porte ouverte à un accord avec l’Iran, tout en exprimant son scepticisme quant à la volonté de compromis de Téhéran. C’est précisément cette incertitude qui alimente la demande pour la valeur refuge qu’est l’or.
La Fed en embuscade
La vigueur du métal jaune a pourtant une limite bien réelle : les anticipations de politique monétaire. Les marchés tablent très majoritairement sur un statu quo de la Réserve fédérale lors de sa réunion de la semaine prochaine. Mais ils intègrent désormais une probabilité de plus de 55 % d’un relèvement des taux en septembre — et jusqu’à deux hausses de 25 points de base d’ici mars 2027.
Cette perspective de taux durablement élevés agit comme un couvercle sur les cours. L’or évolue actuellement 2,49 % en dessous de sa moyenne mobile à 50 jours, qui se situe à 4 265,93 dollars. Tant que la Fed maintiendra sa ligne restrictive, une reprise durable semble compromise.
Les investisseurs surveillent également de près les initiatives diplomatiques. Un projet de trêve de dix jours, porté par le Qatar, l’Égypte et le Pakistan, est sur la table. S’il devait aboutir, la prime de risque géopolitique s’évaporerait, exposant l’or à un repli.
Un mouvement de fond dans tout le secteur
La dynamique ne se limite pas à l’or. L’argent a grimpé de 3,5 %, le platine de 1,3 % et le palladium de 1,1 %. Cette hausse généralisée confirme que la prime de risque liée au conflit soutient l’ensemble des métaux précieux.
Les flux vers les ETF aurifères se sont également intensifiés, signe que les investisseurs institutionnels reviennent vers le métal jaune. Les prochains obstacles techniques se situent à 4 200 dollars, puis au niveau de la moyenne mobile à 50 jours, que certains analystes jugent accessible à court terme.
En Allemagne, le débat sur un possible réarmement budgétaire — le SPD a réclamé une suspension du frein à l’endettement face à la flambée des prix de l’énergie — ajoute une couche d’incertitude qui profite indirectement aux valeurs refuges.
Deux forces contraires continuent donc de tirer l’or dans des directions opposées : la prime de guerre venue du Moyen-Orient le pousse vers le haut, tandis que la perspective de taux plus élevés le freine. La réunion de la Fed la semaine prochaine pourrait offrir un premier aperçu de l’issue de ce bras de fer.
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