La publication, vendredi, d’un rapport sur l’emploi américain bien plus faible qu’anticipé a propulsé l’once d’or à 4.399,80 dollars, en hausse de 2,33 % sur la séance. Le métal précieux, qui cumule désormais 7,35 % de gains en sept jours, se rapproche dangereusement d’une ligne de fracture technique que les traders guettent depuis des mois : sa moyenne mobile à 200 jours, actuellement logée à 4.535,53 dollars. Il ne manque plus qu’environ 3 % au cours pour venir la défier.
Un marché du travail qui se fissure
Les chiffres dévoilés par le département américain du Travail ont de quoi surprendre : 23.000 postes supprimés en juillet hors agriculture, là où les économistes tablaient sur une création nette d’environ 80.000 emplois. Les révisions des mois de mai et juin n’arrangent rien, avec un ajustement à la baisse cumulé d’environ 100.000 postes. Seule note discordante dans ce tableau morose : le taux de chômage a reculé à 4,1 %, tandis que le taux d’activité s’est établi, hors effet pandémie, à son plus bas niveau depuis cinquante ans. Côté salaires, la progression n’atteint que 0,1 % sur un mois et 3,2 % sur un an.
Ce rapport chahute les anticipations monétaires. La Fed maintient pour l’heure ses taux dans la fourchette de 3,50 à 3,75 %, mais les dernières minutes de ses réunions avaient révélé que certains membres, inquiets d’une inflation persistante, plaidaient pour un resserrement immédiat. Le scénario s’éloigne : selon l’indicateur CME FedWatch, la probabilité d’un tour de vis en septembre est retombée à 44 %, contre 55 % auparavant. Or, chaque baisse de la probabilité d’une hausse des taux réduit le coût d’opportunité de détention de l’or, qui ne verse aucun coupon. Les rendements des emprunts d’État américains ont d’ailleurs nettement reflué dans la foulée.
Les économistes d’ING doutent désormais ouvertement d’un prochain resserrement, tandis que d’autres observateurs évoquent une pause prolongée. Ce réalignement des attentes alimente la troisième séance de hausse consécutive du métal jaune.
Un appétit qui ne se limite pas aux spéculateurs
La vigueur du rebond ne doit pas tout aux seuls calculs de politique monétaire. Les tensions géopolitiques, notamment autour du dossier iranien et des routes commerciales empruntant le détroit d’Ormuz, entretiennent une prime de risque durable. La faiblesse persistante du yen japonais ajoute à la fébrilité ambiante, poussant les investisseurs à se couvrir contre les turbulences de change. Après des semaines de prudence, les particuliers reviennent également sur le marché au comptant.
Les flux institutionnels témoignent de cette dualité : près de 15,3 milliards de dollars ont afflué en une seule journée dans les fonds indiciels, le tracker S&P 500 SPY et l’ETF aurifère GLD figurant parmi les grands gagnants — signe que les investisseurs jouent simultanément la carte du risque et celle de la protection.
Les banques centrales poursuivent leur accumulation
Le soutien structurel des banques centrales ne se dément pas. La Banque populaire de Chine a ainsi ajouté environ 20 tonnes à ses réserves en juillet, sa plus forte progression mensuelle depuis octobre 2023, portant ses avoirs à quelque 2.366 tonnes. C’est le vingt-et-unième mois consécutif d’achats nets, pour un total d’environ 60 tonnes depuis janvier. L’institution pékinoise transférerait par ailleurs une partie de ses réserves de Londres vers Hong Kong. La banque centrale tchèque a accru les siennes de 1,7 tonne, le Kazakhstan d’une tonne. Quant à la Corée du Sud, elle envisagerait de revenir sur le marché pour la première fois en treize ans — ses réserves dorées ne représentant qu’environ 8 % du total, contre une moyenne mondiale de 27 %, le potentiel de rattrapage est jugé considérable.
Le test décisif de la moyenne mobile
La configuration technique donne le ton. Le cours évolue déjà nettement au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours, fixée à 4.173,95 dollars, soit un écart d’environ 5 %. L’indice de force relative (RSI) s’établit à 66,4 : la dynamique est soutenue, sans que le marché ne soit encore suracheté. La distance avec la moyenne à 200 jours reste en revanche légèrement négative, indice que la correction entamée depuis le sommet de janvier n’est pas entièrement résorbée.
Un clôture quotidienne durable au-dessus des 4.535,53 dollars constituerait le premier signal positif de cette nature depuis début juin. Les stratèges de StoneX et de la Deutsche Bank voient dans ce scénario la voie ouverte vers 4.600 dollars, puis vers les zones de résistance de 4.700 et 5.000 dollars. À l’inverse, un échec prolongerait la consolidation au-dessus de 4.300 dollars. Le métal jaune reste en tout cas très loin de son record absolu de 5.586,20 dollars touché fin janvier, dont le sépare encore un écart de 21,24 %.
Les prochaines semaines s’annoncent décisives : la publication d’indicateurs conjoncturels américains et la réunion de la Fed détermineront si ce sursaut n’était qu’un feu de paille ou le prélude à une inversion de tendance. La combinaison d’anticipations de taux en berne et d’achats soutenus des banques centrales pourrait, si elle se confirme, offrir au métal précieux un appui de taille.
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