La fin de semaine a été rude pour le métal précieux. L’once a clôturé vendredi à 4 098,60 dollars, cédant 1,54 % sur la séance. Malgré un mois de juillet positif — la première progression mensuelle depuis cinq mois, avec un gain d’environ 1 % autour de 4 046 dollars — le cours reste englué à quelque 27 % sous le sommet historique touché fin janvier à 5 626,80 dollars. L’indice de force relative, à 48,6, ne signale ni surachat ni survente : le marché tâtonne.
La grande révision du World Gold Council
C’est un chiffre qui change la donne. Le World Gold Council a revu en forte baisse ses données sur les achats des banques centrales au premier trimestre : les 244 tonnes initialement annoncées ont été ramenées à 57 tonnes seulement, soit le niveau le plus faible pour un premier trimestre depuis quinze ans. Sur l’ensemble du premier semestre, les institutions publiques n’ont accumulé que 345 tonnes, la performance la plus modeste depuis 2022. La Turquie, la Russie et l’Azerbaïdjan ont même ponctuellement vendu.
Le contraste avec le deuxième trimestre est saisissant. Les nettes acquisitions ont alors atteint 289 tonnes, en hausse de 62 % sur un an, selon les données non révisées du conseil mondial du gold. La Pologne s’est distinguée avec 51 tonnes, devant la Chine et ses 33 tonnes — le rythme mensuel d’achats chinois le plus soutenu depuis fin 2023. Au total, la demande mondiale de premier semestre s’établit à 2 522 tonnes, en hausse de 2 % en volume, pour un record de 380 milliards de dollars en valeur.
Une demande qui se réorganise
Pendant que les banques centrales ajustent leur voilure, d’autres acteurs prennent le relais. Tether, l’émetteur de stablecoins, a acquis 14 tonnes d’or au deuxième trimestre, portant ses réserves à plus de 146 tonnes, valorisées autour de 18,8 milliards de dollars. L’or représente désormais environ 10 % des réserves totales de Tether, évaluées à 187,8 milliards de dollars. Un mouvement anticyclique assumé : le métal jaune avait chuté de 14 % au deuxième trimestre, sa pire performance trimestrielle depuis 2013.
Les ETF adossés à l’or physique, eux, ont vu sortir 45 tonnes nettes au deuxième trimestre. La demande de bijoux a, quant à elle, reculé de 17 % sur la période, même si sa valeur est restée stable — preuve que les acheteurs consentent à payer plus cher malgré des prix élevés, sans pour autant renoncer à l’achat d’or physique.
Géopolitique et dollar : le double jeu
Les tensions au Moyen-Orient ajoutent à la complexité du tableau. Le département d’État américain a mis en garde ses ressortissants dans dix pays de la région — dont Israël, l’Irak, la Jordanie, le Koweït et l’Arabie saoudite — contre d’éventuelles annulations de vols et fermetures d’espaces aériens. Donald Trump a promis de frapper « très fort » si nécessaire, tandis qu’une attaque de drones contre des navires gaziers dans le port égyptien de Damiette a relancé les craintes pour la sécurité du canal de Suez. Autant de facteurs qui, en théorie, devraient soutenir la demande de valeur refuge — sans que cela se reflète dans les cours pour l’instant.
Le dollar, qui s’est temporairement raffermi, pèse également sur le métal jaune. La Réserve fédérale a maintenu ses taux entre 3,50 % et 3,75 %, et son président Kevin Warsh a réaffirmé sa détermination à lutter contre l’inflation. Les marchés évaluent désormais à 67 % la probabilité d’un nouveau resserrement en septembre, contre 80 % auparavant — un contexte plutôt défavorable à l’or à court terme.
Des trajectoires divergentes chez les stratèges
Les anticipations pour les prochains mois divergent nettement. Matthias Geissbühler, responsable des investissements chez Raiffeisen, voit une formation de plancher autour de 4 000 dollars et vise 4 500 dollars d’ici la fin de l’année, soit un potentiel d’environ 10 %. Le World Gold Council se montre plus circonspect : des cours durablement supérieurs à 4 500 dollars ne lui semblent probables qu’en cas de refroidissement marqué de l’économie mondiale.
À l’autre extrême, Jamie Dimon, le patron de JPMorgan, juge « facilement » envisageable une once à 10 000 dollars, selon un rapport relayé par Yahoo Finance. Dans le même document, l’investisseur Ray Dalio met en garde contre la détention de liquidités face à l’érosion monétaire et recommande l’or — qui a gagné 126 % sur cinq ans — comme protection.
Intesa Sanpaolo, de son côté, table sur un prix moyen de 4 200 dollars au troisième trimestre, puis 4 000 dollars au quatrième, avant un retour à 4 200 dollars en moyenne sur 2027. La zone des 3 600 à 3 800 dollars est considérée comme un support solide, tandis que le marché évolue actuellement dans une fourchette de 3 950 à 4 200 dollars. Un franchissement à la hausse ouvrirait la voie vers 4 500 dollars ; une cassure sous 3 950 dollars contraindrait à une réévaluation.
La réunion de la Fed à la mi-septembre s’annonce comme le rendez-vous décisif. Entre des banques centrales aux achats erratiques, des ETF en décollecte, de nouveaux entrants comme Tether et une géopolitique incandescente, le métal jaune devra choisir son camp.
Publicité
Gold: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Gold et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Gold entièrement gratuite : En savoir plus ici !

