Le lingot évolue à 4.419,59 dollars l’once, signant une troisième séance consécutive de hausse et son plus haut niveau depuis le 5 juin. Derrière cette progression se dessine une convergence inédite : l’appétit structurel des banques centrales, qui ne se dément pas, et un marché de l’emploi américain qui se fissure plus vite que prévu.
Un marché de l’emploi américain qui rebat les cartes
Les chiffres publiés vendredi ont pris de court les investisseurs. Les créations d’emplois non agricoles ont reculé de 23.000 postes en juillet, là où le consensus attendait une progression de 80.000. Plus inquiétant encore, le Bureau of Labor Statistics a révisé le chiffre de juin de 57.000 à seulement 20.000, faisant tomber la moyenne glissante sur douze mois à environ 34.000 créations mensuelles.
Ce n’est donc pas un accident isolé, mais une tendance de fond qui se dessine. Les contrats à terme sur les fonds fédéraux n’accordent plus que 44 % de probabilité à une hausse des taux lors de la réunion du 16 septembre, contre 67 % avant la publication du rapport. Le dollar a également encaissé le choc : l’indice USD est retombé à son plus bas niveau depuis la mi-juin, frôlant les 99,40 points, avant de se stabiliser en début de semaine.
Le métal jaune a réagi avec une vigueur remarquable. Les volumes sur les contrats à terme ont atteint l’un de leurs plus hauts niveaux depuis quatre mois, tandis que les ETF adossés à l’or ont enregistré des entrées nettes de 3 milliards de dollars en juillet à l’échelle mondiale. L’indice de force relative (RSI) s’établit à 67,4, approchant la zone de surachat sans toutefois y pénétrer.
Les banques centrales, moteur silencieux de la hausse
Mais la vigueur actuelle ne repose pas uniquement sur les aléas conjoncturels américains. Le World Gold Council qualifie d’historique le rythme d’accumulation des réserves officielles. Au deuxième trimestre 2026, les banques centrales ont acheté 289 tonnes d’or, en hausse de 62 % par rapport à la même période de l’année précédente. Sur l’ensemble du premier semestre, la demande mondiale a atteint 2.522 tonnes, représentant environ 380 milliards de dollars — un record.
La Chine illustre parfaitement cette dynamique. La banque centrale du pays a augmenté ses réserves pour le 21e mois consécutif en juillet, avec la plus forte progression mensuelle depuis octobre 2023. La valeur des avoirs chinois est passée de 303,72 à 306,35 milliards de dollars. Pékin poursuit ainsi une stratégie entamée fin 2023, perçue comme une protection contre la dépendance au dollar.
Le caractère structurel de ces achats officiels distingue le mouvement actuel des rallyes purement spéculatifs du passé. Selon l’enquête du World Gold Council, 89 % des banques centrales interrogées envisagent de continuer à étoffer leurs réserves.
Un marché physique à deux visages
La demande des particuliers raconte une histoire plus contrastée. Les achats de bijoux ont chuté de 17 % au deuxième trimestre, mais les dépenses correspondantes ont bondi de 22 % à 86 milliards de dollars — conséquence directe de la flambée des prix. La demande technologique a, elle, progressé de 2 % à 80 tonnes, portée par une hausse de 4 % dans le segment électronique. Les consommateurs achètent donc moins, mais dépensent plus, un effet qui alimente la dynamique haussière.
Goldman Sachs maintient son objectif de 4.900 dollars l’once d’ici la fin de l’année, soit un potentiel de progression de 13 % par rapport au niveau de 4.335 dollars observé lundi. La banque américaine s’appuie sur la persistance des achats des banques centrales, qu’elle juge structurels.
Les minières prises en étau
Les cours élevés n’épargnent pas pour autant les producteurs. Barrick a annoncé un bénéfice ajusté de 0,82 dollar par action au deuxième trimestre, inférieur aux 0,88 dollar attendus, malgré un prix de l’or en hausse de 34 % sur un an. Les coûts de production ont grimpé de 20 % à 1.993 dollars l’once, et le titre a cédé 8 % à Toronto.
Dans ce contexte, le secteur se restructure. Newmont a donné son accord à Barrick pour introduire en Bourse ses activités nord-américaines. L’opération prévoit un versement de 1,95 milliard de dollars par Newmont, qui apportera les projets Mike et Fiberline, tandis que Barrick intégrera son projet Fourmile dans la coentreprise Nevada Gold Mines, un complexe recélant environ 100 millions d’onces.
L’inflation, prochain juge de paix
Tous les regards se tournent désormais vers les données d’inflation américaines. Les prix à la consommation pour juillet seront publiés mercredi 12 août, suivis des prix à la production jeudi et des ventes au détail vendredi. Les économistes anticipent une hausse de 0,1 % sur un mois pour l’indice global et de 0,2 % pour le taux sous-jacent.
Si l’inflation se révèle plus faible que prévu, la pression s’accentuera sur la Fed pour qu’elle assouplisse sa politique plus tôt. À l’inverse, des chiffres supérieurs aux attentes raviveraient les craintes inflationnistes et pourraient inverser le mouvement. ING, pour sa part, continue de tabler sur une pause prolongée de la Fed malgré la faiblesse des chiffres de l’emploi. D’ici la réunion de septembre, les investisseurs devront digérer un autre rapport sur l’emploi, deux publications d’inflation et le symposium de Jackson Hole.
Le lingot se trouve à environ 20 % de son plus haut sur 52 semaines de 5.586,20 dollars atteint fin janvier. L’écart reste conséquent, mais les fondamentaux — officiels et conjoncturels — semblent désormais alignés.
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