Le cours de l’or a repris plus de 2 % en une séance, clôturant à 4 131,20 dollars l’once jeudi. Ce regain intervient dans un contexte paradoxal : la diplomatie américano-iranienne progresse, ce qui pèse habituellement sur le métal jaune, mais les derniers chiffres de l’emploi aux États-Unis inversent la tendance en atténuant les craintes d’un resserrement monétaire.
La recente glissade semble enrayée. L’once ne se situe plus qu’à 5,89 % de son plus bas sur 52 semaines (3 901,30 dollars) et à 26,58 % de son record absolu de 5 626,80 dollars touché en janvier. Sur trente jours, le bilan reste négatif (−7,42 %), et depuis le début de l’année la perte atteint 4,85 %. La moyenne mobile à cinquante jours, à 4 425,61 dollars, est encore loin – le cours la dépasse de 6,65 % – et l’indice de force relative (RSI) de 42,6 indique un marché ni survendu ni suracheté. La volatilité annualisée de 27,2 % laisse présager des écarts brusques dans les deux sens.
Les discussions indirectes entre Washington et Téhéran, qui se sont poursuivies à Doha sous la médiation du Qatar et du Pakistan, ont débouché sur des premiers progrès techniques concernant la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz et le dégel d’avoirs iraniens. Aucun accord politique durable n’a toutefois été conclu ; une nouvelle réunion n’interviendra qu’après les cérémonies funèbres pour le Guide Ali Khamenei, lesquelles durent jusqu’au 9 juillet. Son successeur, Mojtaba Khamenei, a déjà pris ses fonctions. Malgré l’absence de percée définitive, la perspective d’une stabilisation de cette route stratégique a fait reculer les prix du pétrole, amputant la prime de sécurité qui s’était logée dans l’or. Les analystes de Citi ont d’ailleurs réduit leurs objectifs de cours, évoquant une atténuation des tensions géopolitiques et une moindre demande des banques centrales et des ETF.
C’est le marché du travail américain qui a contrarié ce mouvement baissier. Le rapport ADP sur le secteur privé a fait état de 98 000 créations d’emplois en juin, contre 118 000 attendues et 122 000 en mai. Le même signal de faiblesse est venu du rapport officiel du département du Travail publié jeudi : l’économie n’a généré que 57 000 postes, très en deçà des 110 000 anticipés et le plus faible total en quatre mois. Le secteur des loisirs et de l’hôtellerie a supprimé 61 000 emplois, malgré l’afflux touristique lié à la Coupe du monde. Le taux de chômage a pourtant reculé à 4,2 %, mais en raison d’une contraction de la population active. Les salaires ont progressé de 3,5 % sur un an.
Ces données ont immédiatement changé la donne pour la politique monétaire. Selon l’outil FedWatch du CME, la probabilité d’une hausse des taux en septembre est tombée à un peu moins de 51 %, contre 66 % avant la publication. Le dollar en a pâti, perdant 0,7 % face à un panier de devises, ce qui rend l’or plus attractif pour les détenteurs d’autres monnaies.
Le gouverneur de la Fed, Kevin Warsh, a contribué à entretenir le mouvement haussier en déclarant que les anticipations d’inflation s’affaiblissaient et que la banque centrale restait déterminée à garantir la stabilité des prix. Il a estimé que l’or avait probablement touché un plancher à court terme, à condition que le rapport sur l’emploi ne surpasse pas nettement les prévisions.
Ainsi, le métal jaune évolue sous l’influence contraire d’une détente géopolitique qui rogne la prime de risque et d’un ralentissement de l’emploi qui encourage les paris sur un statu quo monétaire. Le prochain rendez-vous – le rapport officiel sur l’emploi de juillet – sera décisif pour déterminer lequel de ces deux facteurs l’emportera. La volatilité reste élevée, et les marchés surveilleront également l’issue du nouveau cycle de pourparlers à Doha.
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